06/06/2014 19:10 par primumviveredeindephilosophari
06/06/2014 19:10 par primumviveredeindephilosophari
Tintoret, Saint Jérôme.
06/06/2014 19:08 par primumviveredeindephilosophari
Dans les instants qui ont précédé l'annonce, pour moi très étonnante, de la distinction que m'octroyait l'Académie de Suède, j'étais en train de relire un petit livre de Stig Dagerman que j'aime particulièrement: la collection de textes politiques intitulée Essäer och texter ( La Dictature du Chagrin ). Ce n'était pas par hasard que je me replongeais dans la lecture de ce livre caustique et amer. Je devais me rendre en Suède pour y recevoir le prix que l'association des amis de Dagerman m'avait donné l'été passé, afin de rendre visite aux lieux de l'enfance de cet écrivain. J'ai toujours été sensible à l'écriture de Dagerman, à ce mélange de tendresse juvénile, de naïveté et de sarcasme. A son idéalisme. A la clairvoyance avec laquelle il juge son époque troublée de l'après-guerre, pour lui le temps de la maturité, pour moi celui de mon enfance. Une phrase en particulier m'a arrêté, et m'a semblée s'adresser à moi dans cet instant précis - alors que je venais de publier un roman intitulé Ritournelle de la faim. Cette phrase, ou plutôt ce passage, le voici : " Comment est-il possible par exemple de se comporter, d'un côté comme si rien au monde n'avait plus d'importance que la littérature, alors que de l'autre il est impossible de ne pas voir alentour que les gens luttent contre la faim et sont obligés de considérer que le plus important pour eux, c'est ce qu'ils gagnent à la fin du mois? Car il (l'écrivain) bute sur un nouveau paradoxe: lui qui ne voulait écrire que pour ceux qui ont faim découvre que seuls ceux qui ont assez à manger ont loisir de s'apercevoir de son existence." ( L'écrivain et la conscience )
J M G Le Clézio, Dans la forêt des paradoxes, Discours du Prix Nobel de Littérature 2008, Extrait.
06/06/2014 18:36 par primumviveredeindephilosophari
06/06/2014 18:35 par primumviveredeindephilosophari
06/06/2014 18:35 par primumviveredeindephilosophari
06/06/2014 18:35 par primumviveredeindephilosophari
06/06/2014 18:34 par primumviveredeindephilosophari
06/06/2014 18:34 par primumviveredeindephilosophari
Alors, pourquoi écrire? L'écrivain, depuis quelque temps déjà, n'a plus l'outrecuidance de croire qu'il va changer le monde, qu'il va accoucher par ses nouvelles et ses romans un modèle de vie meilleur. Plus simplement, il se veut témoin. Voyez cet autre arbre dans la forêt des paradoxes. L'écrivain se veut témoin, alors qu'il n'est, la plupart du temps, qu'un simple voyeur [...]
Agir, c'est ce que l'écrivain voudrait par-dessus tout. Agir, plutôt que témoigner. Ecrire, imaginer, rêver, pour que ses mots, ses inventions et ses rêves interviennent dans la réalité, changent les esprits et les coeurs, ouvrent un monde meilleur. Et cependant, à cet instant même, une voix lui souffle que cela ne se pourra pas, que les mots sont des mots que le vent de la société emporte, que les rêves ne sont que des chimères.
J M G Le Clézio, Dans la forêt des paradoxes, Discours du Prix Nobel de Littérature 2008, Extrait.
