02/10/2015 17:01 par primumviveredeindephilosophari

 

 

 

Un jour par an on devrait faire semblant
que la mort aille s’inscrire au chômage,
que nul ne puisse plus perdre son courage,
que personne ne soit tué pour quelques francs.
 
Les catastrophes dormiraient calmement,
à leur hôtel, jusques au lendemain.
Nul sur son frère ne porterait la main,
nul ne quitterait ce monde volontairement.
 
Plus d’incendies, plus aucun enterrement,
les assassins eux-mêmes feraient la grève.
Vous pensez sûrement: ce n’est qu’un rêve.
Moi, je dis seulement: faisons semblant.
 
 
 
Stig Dagerman , Un jour par an,  23 février 1954.


02/10/2015 17:00 par primumviveredeindephilosophari

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02/10/2015 16:59 par primumviveredeindephilosophari

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02/10/2015 16:58 par primumviveredeindephilosophari

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02/10/2015 16:58 par primumviveredeindephilosophari

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Alberto Giacometti.


26/09/2015 19:31 par primumviveredeindephilosophari

 

 

N'use point la part de vie qui te reste à te faire
des idées sur ce que font les autres, à moins que tu ne vises
à quelque intérêt pour la communauté. Car tu te prives
ainsi d'une autre tâche, celle, veux-je dire, que tu négliges
en cherchant à te faire une idée de ce que fait tel ou tel,
du but qu'il se propose, de ce qu'il dit, de ce qu'il pense,
de ce qu'il combine et de toutes les autres préoccupations
de ce genre, qui t'étourdissent et t'écartent de l'attention
que tu dois à ton principe directeur . Il faut donc
éviter d'embrasser, dans l'enchaînement de tes idées, ce qui
est aventureux et vain, et beaucoup plus encore ce qui est
superflu et pernicieux . Il faut t'habituer à n'avoir que
les seules idées à propos desquelles, si on te demandait
soudain : « A quoi penses-tu maintenant? » tu puisses
incontinent répondre avec franchise : « A ceci et à cela . »
 
De cette façon, on pourrait voir aussitôt et avec évidence,
que tout en toi est simple, bienveillant, digne d'un être
sociable, indifférent aux idées de volupté ou, pour tout
dire en un mot, de jouissances, insensible encore à la
haine, à l'envie, à la défiance et à toute autre passion
dont tu rougirais, s'il fallait avouer que ton esprit la
possède . Car un tel homme, qui ne néglige aucun effort
pour se placer dès maintenant au rang des meilleurs, est
comme un prêtre et un serviteur des Dieux, attaché,
aussi au service de Celui qui a établi sa demeure en lui,
et ce culte préserve l'homme de la souillure des voluptés,
le rend invulnérable à toutes les douleurs, inaccessible
à toute démesure, insensible à toute méchanceté ; il en
fait l'athlète du plus noble combat, de celui qui s'engage
pour ne point se laisser abattre par aucune passion ; il
l'immerge à fond dans la justice, et lui fait accueillir,
de par toute son âme, les événements et tous les lots de
son destin . Et jamais, hormis une nécessité impérieuse et
d'intérêt commun, il ne cherche à se faire une idée de
ce qu'un autre dit, fait ou pense . Il applique son activité
aux seules choses qui le concernent, et il pense sans cesse
que les choses qui sont de son particulier, sont filées avec
celles qui constituent le Tout ; il s'acquitte honorablement
des premières, et il est convaincu que les secondes
sont bonnes, car le destin qui est attribué à chacun, est
impliqué dans l'ordre universel et implique cet ordre. Il
se souvient aussi que tous les êtres raisonnables sont
parents et qu'aimer tous les hommes est conforme à la
nature de l'homme, qu'il ne faut pas tenir compte de
l'opinion de la foule, mais de ceux-là seuls qui vivent
conformément à la nature. Quant à ceux qui vivent
autrement, il se souvient constamment de ce qu'ils sont,
chez eux et hors de chez eux, le jour durant comme
durant la nuit, et de quels gens ils font leur entourage .
Il ne fait donc aucun cas de l'approbation de tels hommes
qui ne savent pas eux-mêmes se contenter par eux-mêmes.
 
 
 
 
 
 
Marc Aurèle, Pensées pour moi-même, Livre III, Extrait IV.


24/09/2015 18:59 par primumviveredeindephilosophari

  • 24/09/2015 18:59 par primumviveredeindephilosophari

 

Georges de la Tour, Tears of St Peter, 1648. 


24/09/2015 18:57 par primumviveredeindephilosophari

 

 

 

Âgé de cent-mille ans, j'aurais encore la force
De t'attendre, o demain pressenti par l'espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir: neuf est le matin, neuf est le soir.
 
Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille
A maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.
 
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.
 
 
 
Robert Desnos.