11/04/2016 12:12 par primumviveredeindephilosophari

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Edmund Dulac, Birth of the Pearl.


11/04/2016 12:10 par primumviveredeindephilosophari

 

On compare parfois la cruauté de l'homme a celle des fauves, c'est faire injure à ces derniers.
 
 
Dostoïevski.


10/04/2016 12:38 par primumviveredeindephilosophari

  • 10/04/2016 12:38 par primumviveredeindephilosophari

Vasily Perov, Portrait of Dostoyevsky, 1872.


10/04/2016 12:34 par primumviveredeindephilosophari

 

 

Non seulement je n’ai pas su devenir méchant, mais je n’ai rien su devenir du tout: ni méchant ni gentil, ni salaud, ni honnête - ni un héros ni un insecte. Maintenant que j’achève ma vie dans mon trou, je me moque de moi-même et je me console avec cette certitude aussi bilieuse qu’inutile: car quoi, un homme intelligent ne peut rien devenir - il n’y a que les imbéciles qui deviennent. Un homme intelligent du XIX° siècle se doit - se trouve dans l’obligation morale - d’être une créature essentiellement sans caractère; un homme avec un caractère, un homme d’action, est une créature essentiellement limitée. C’est là une conviction vieille de quarante ans. Maintenant j’ai quarante ans - et quarante ans, c’est toute la vie: la vieillesse la plus crasse. Vivre plus de quarante ans, c’est indécent, c’est vil, c’est immoral. Qui donc vit plus de quarante ans? Répondez, sincèrement, la main sur le cœur! Je vous dis, moi: les imbéciles, et les canailles. Je leur dirai en face, à tous ces vieux, à tous ces nobles vieux, à ces vieillards aux cheveux blancs, parfumés de benjoin! Je le dirai à la face du monde! J’ai bien le droit de le dire, je vivrai au moins jusqu’à soixante ans. Je survivrai jusqu’à soixante-dix! Et jusqu’à quatre-vingts!... Ouf, laissez-moi souffler.
Vous devez croire, messieurs, que j’ai l’intention de vous amuser? Là aussi, vous faîtes erreur. Je ne suis pas du tout le boute-en-train que vous croyez, ou que vous croyez peut-être; mais si ce bavardage vous énerve (je sens qu’il vous énerve), et s’il vous vient l’idée de me demander: qui suis-je au juste? - je vous réponds: je suis un assesseur de collège. J’ai été fonctionnaire, pour me payer mon pain (seulement pour cela), et puis, l’année dernière, quand un de mes lointains parents m’a laissé six mille roubles d’héritage, je me suis pressé de démissionner et je me suis installé chez moi, dans mon trou. J’y habitais avant, dans ce trou, mais maintenant, je m’y suis installé. Ma chambre est moche, elle est sale, elle est au bout de la ville. Ma bonne est une paysanne, elle est vieille, elle est bête et méchante - en plus, elle pue que c’est insupportable. On me dit que le climat de Petersbourg me fait du mal et qu’il est très coûteux de vivre à Petersbourg avec des moyens aussi misérables que les miens. Je sais cela mieux que ces conseillers si sages, si doués d’expérience, mieux que les béni-oui-oui. Eh bien, je reste à Petersbourg: je ne sortirai pas de Petersbourg! Si je ne sors pas, c’est que... Ah, mais ça n’a rigoureusement aucune importance, que je sorte ou que je ne sorte pas.
Mais bon: de quoi un honnête homme peut-il parler avec le plus de plaisir?
Réponse: de lui-même.
Et donc, je parlerai de moi.
 
 
 
 
 
 
Fédor Dostoïevski, Les Carnets du Sous-sol, Traduit du russe par André Markowicz, 1864, Extrait.


03/04/2016 11:53 par primumviveredeindephilosophari

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Joaquín Sorolla y Bastida, Beached Boats, 1915.


03/04/2016 11:51 par primumviveredeindephilosophari

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03/04/2016 11:50 par primumviveredeindephilosophari

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