27/08/2013 22:53 par primumviveredeindephilosophari

  
Alexandre jollien par olibats


27/08/2013 12:41 par primumviveredeindephilosophari


Le retour du passé

 

Considérer les échos du passé, c'est revisiter sans concessions les routes sur lesquelles je me suis engagé. J'observe que j'ai tenté de trouver le bonheur exclusivement dans la sensualité. J'ai aspiré au plaisir pour y puiser un réconfort, un abri où me réfugier pour maintenir le cap. Mais je ne me jugerai pas trop sévèrement. Je préfère écouter la voix d'Epicure : " Nul plaisir n'est en soi mal; mais les causes produtrices de certains plaisirs apportent de surcroît des perturbations bien plus nombreuses que les plaisirs". En reconsidérant les manques, les déceptions, les frustrations, loin de me priver, je peux m'ouvrir et découvrir aussi le plaisir dans ce que je suis ici et maintenant. Cependant, mettre le doigt sur les empreintes que laisse une vie peut être dangereux.

Contrariant l'appel du plaisir, je dépiste aussi d'accablantes exigences. En enviant le sage stoïcien qui plaçait dans l'ataraxie la finalité de l'homme, j'ai voulu traquer la félicité par une drôle d'ascèse. J'ai, pour vivre en paix, brigué la perfection. Or, il est néfaste d'attendre la sérénité pour s'autoriser une humble joie. Même si je me situe à cent lieues de la tranquilité de l'âme, je ne m'attriste plus de mes limites pour, avec elles, me réjouir. Peu importe si je ne suis pas Caton, Sénèque, Epicure ou Boèce. Celui que possèdent sans cesse le désir de progresser ou le rêve de devenir quelqu'un d'autre se prive de la douceur de l'instant. Si la volonté de se perfectionner est féconde, elle s'apparente à une fuite lorsqu'elle n'est qu'un prétexte à refuser le présent. Il convient d'en faire un usage avisé.

Non, je ne suis pas Caton. Et c'est en vain que j'ai nié la détresse et les tiraillements de mon âme. Grâce à vous, j'ai compris que l'expression de la révolte constitue un passage obligé aussi essentiel que fructueux. Sans elle, je ne crois pas, en effet, que nous puissions quitter la nostalgie et ouvrir l'avenir. Or, la retenue, en réprimant les affects, les passions, et les désirs qui agitent un coeur, prive d'une bienfaisante colère. Sans devenir l'esclave d'une amère rancune et sans infliger ses blessures, peut-être sied-il d'abord de les vivre pleinement? Si j'éprouve de l'indignation, pourquoi ne pas accueillir ce sentiment avec douceur et bienveillance?

Au nom d'une idée, je m'interdis d'être qui je suis. Rejetant toute contradiction, j'exige une stabilité de cadavre. Or, j'observe, par exemple, que la mythologie, en dépeignant l'effervescence et les vicissitudes de ses héros, témoigne précisément de la fabuleuse instabilité de l'existence. Mieux, dans le monde mythique, même les dieux se courroucent, pestent, crient de rage. Ils se passionnent et se déchirent ... La lecture des Psaumes, en révélant qu'il est bon de laisser s'élever les désirs, la colère, les lamentations, vient elle aussi congédier ma réserve. Tout me montre que l'homme dans sa complexité demeure un être de chair, de sang, d'envies, de fantasmes, de joies, de rêves, de passions. Il aime, hait, déteste. Il désire, se révolte, découvre la paix, hurle sa douleur, pleure, rit, s'alarme ... Ainsi va l'être humain. D'où sa richesse et la difficulté de vivre.

 


Alexandre Jollien, extrait de ' La construction de soi', A Boèce_Le retour du passé, Editions du Seuil,10/2006.


27/08/2013 12:40 par primumviveredeindephilosophari


27/08/2013 12:39 par primumviveredeindephilosophari

  • 27/08/2013 12:39 par primumviveredeindephilosophari

 John Singer Sargent, A bedouin arab .


27/08/2013 12:37 par primumviveredeindephilosophari

Alexandre le Grand

 

Alexandre le Grand avait atteint les sommets de la gloire. Roi de Macédoine, il avait soumis les Grecs et vaincu les Perses, fait plier l’Égypte, et franchi l’Euphrate, traversé le Tigre et atteint l’Indus, pris Persépolis et Babylone, sans jamais faiblir ni se soumettre. Sa réputation s’étendait d’Orient en Occident, les mondes de sa double puissance. Ses légions avaient rencontré et vaincu bien des peuples, et sa toute-puissance était solidement établie sur la terre. Il avait tout connu ; des plus grandes victoires aux plus immenses richesses. Et comme il fut élève d’Aristote, il était empreint de finesse et d’intelligence.
Un jour qu’il suivait une route, il atteignit le couchant du soleil. Il planta là son camp et réclama un sage pour l’instruire davantage. Il fit chercher un maître qui pourrait lui enseigner la connaissance que lui, tout empereur qu’il fût, ne possédait point encore. Car c’était par le seul savoir qu’il pourrait demeurer Alexandre.
Certains lui indiquèrent un maître d’une sagesse supérieure, ermite vivant aux confins des falaises. D’autres le disaient fou.
Alexandre qui ne croyait qu’en ses oeuvres voulut se faire sa propre idée et l’envoya chercher.
Mais l’ermite n’entendait pas quitter sa grotte. L’émissaire insista alors, menaça même, rappelant qu’Alexandre pouvait tout, puisque roi des deux mondes.
Le sage pourtant ne s’en émut point, prétextant qu’il n’avait pas à obéir à cet empereur dont il ne dépendait pas, ajoutant qu’il était lui-même le maître de celui dont Alexandre était le serviteur. Et puisque lui était le maître il n’entendait pas se déranger pour un serviteur. Quand Alexandre entendit les propos rapportés par l’émissaire, il entra en violent courroux, pensant que l’homme était au moins fou ou ignorant. Comment osait-il l’appeler serviteur et lui opposer un refus, à lui, l’ami de Dieu ? Nul n’avait jusque-là eu l’outrecuidance de le nommer serviteur. Nul puissant, roi ou sultan, ou même simple sujet n’avait eu l’inconscience de le traiter ainsi ! Le sage néanmoins osa lui répliquer : « Illustre Majesté, Empereur suprême, tu as couru les deux mondes en quête d’immortalité par un violent désir dont tu es devenu l’esclave, le serviteur. Avec toutes tes légions et tes armées vaillantes, tu as vaincu tous les continents par souci de puissance et de cupidité.
Et tu n’es donc que serviteur de mon serviteur.
A présent tu veux aussi trouver la source de vie.
Ton coeur ne se repaît qu’à la cupidité et au désir : tu n’es qu’un serviteur de mon serviteur puisque tu crains de perdre ta vie et tes trésors.
Or, pour gagner les mystères de la vie, les biens matériels ne te serviront point. C’est l’univers qu’il te faut gagner, mais l’univers de l’âme. »
Alexandre comprit alors que l’homme n’était point fou, qu’il était sage parmi les sages et empereur d’entre eux. Et que l’avoir rencontré était pour Alexandre, en ce nouveau voyage, l’une de ses plus grandes victoires.


Farid Al-Dîn Attar,Alexandre le Grand.


27/08/2013 12:37 par primumviveredeindephilosophari

  • 27/08/2013 12:37 par primumviveredeindephilosophari

Sanguine, Giambattista Tiepolo (1696-1770), Tête d'homme au turban.


27/08/2013 12:33 par primumviveredeindephilosophari

 
[...]


Le bonheur ne s’achète pas
Au bazar du monde, ici bas :
Il se trouve dans les façons
Des voyous, des mauvais garçons.

Au lys pur j’ai entendu dire
–de ses lèvres à mon oreille–
Qu’il ne faut pas être chargé,
Dans le monde, ce vieux couvent.


O Hâfez, le renoncement
Est le vrai chemin du bonheur.
Il faut bien te garder de croire
Que la vie des mondains soit bonne.


HÂFEZ SHIRÂZI , Le Lys pur. 


26/08/2013 12:42 par primumviveredeindephilosophari

  • 26/08/2013 12:42 par primumviveredeindephilosophari

Francis Picabia.


26/08/2013 12:41 par primumviveredeindephilosophari

 


                  PAROLE DE SOCRATE

            Socrate un jour faisant bâtir,
            Chacun censurait son ouvrage.
L'un trouvait les dedans, pour ne lui point mentir,
            Indignes d'un tel personnage ;
L'autre blâmait la face (1), et tous étaient d'avis
Que les appartements (2) en étaient trop petits.
Quelle maison pour lui ! L'on y tournait à peine (3).
            Plût au Ciel que de vrais amis,
Telle qu'elle est, dit-il, elle pût être pleine ! (4)
            Le bon Socrate avait raison
De trouver pour ceux-là trop grande sa maison.
Chacun se dit ami ; mais fol qui s'y repose.
            Rien n'est plus commun que ce nom ;
            Rien n'est plus rare que la chose.

 

                Jean de La Fontaine.

 

(1) la façade
(2) les pièces
(3) on pouvait à peine s'y retourner
(4) même si elle est petite, je serais heureux de pouvoir
compter autant d'amis que la quantité de gens
qu'elle peut recevoir


26/08/2013 12:39 par primumviveredeindephilosophari

  • 26/08/2013 12:39 par primumviveredeindephilosophari

Alexander Calder Foundation, New-York.