06/09/2013 08:37 par primumviveredeindephilosophari


J'étais allé, mendiant de porte en porte, sur le chemin du village lorsque ton chariot d'or apparut au loin pareil à un rêve splendide et j'admirais quel était ce Roi de tous les rois !
 
Mais les espoirs s'exaltèrent et je pensais : c'en est fini des mauvais jours, et déjà je me tenais dans l'attente d'aumônes spontanées et de richesses éparpillées partout dans la poussière.

Le chariot s'arrêta là où je me tenais. Ton regard tomba sur moi et tu descendis avec un sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue.

Soudain, alors, tu tendis ta main droite et dis : "Qu'as-tu à me donner ?"

Ah ! quel jeu royal était-ce là de tendre la main au mendiant pour mendier ! J'étais confus et demeurai perplexe ; enfin, de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain de blé et te le donnai.

Mais combien fut grande ma surprise lorsqu'à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je trouvai un tout petit grain d'or parmi le tas des pauvres grains. Je pleurai amèrement alors et pensai : "Que n'ai-je eu le coeur de te donner mon tout !".


 


Rabindranath Tagore, L'offrande lyrique, Extrait.


06/09/2013 08:35 par primumviveredeindephilosophari

  • 06/09/2013 08:35 par primumviveredeindephilosophari


05/09/2013 14:06 par primumviveredeindephilosophari

  • 05/09/2013 14:06 par primumviveredeindephilosophari


05/09/2013 14:05 par primumviveredeindephilosophari

« Alors, un homme riche dit, Parlez-nous du Don.
Et il répondit :
Vous donnez que peu lorsque vous donnez de vos biens.
C'est lorsque vous donnez de vous-même que vous donnez réellement.
Car, que sont vos biens, sinon des choses que vous conservez et gardez jalousement par crainte d'en avoir besoin demain ?
Et demain, qu'apportera demain au chien trop prudent cachant des os dans le sable mouvant alors qu'il suit les pèlerins vers la ville sainte ?
Et qu'est la peur de la misère, sinon la misère elle-même ?
La crainte de la soif devant votre puits plein, n'est-elle pas déjà une soif inextinguible ?
Il en est qui donnent peu de l'abondance qu'ils ont - et ils donnent pour susciter la reconnaissance, et leur désir secret corrompt leur don.
Et il en est qui ont peu et qui le donnent entièrement.
Ceux-là croient en la vie et en la bonté de la vie, et leur coffre n’est jamais vide.
Il en est qui donnent avec joie, et cette joie est leur récompense.
Il en est qui donnent avec douleur, et cette douleur est leur baptême.
Il en est qui donnent et ne ressentent ni douleur ni joie et ne sont pas conscients de leur vertu ;
Ils donnent comme dans la vallée là-bas le myrte exhale son parfum dans l'espace.
Par les mains de tels êtres, Dieu parle, et à travers leur regard Il sourit à la terre.
Il est bien de donner lorsqu'on est sollicité, mais il est mieux de donner sans être sollicité, par compréhension ;
Et pour les généreux, chercher ceux qui recevront est une joie plus grande que le don.
Et est-il une chose que vous voudriez refuser ?
Tout ce que vous avez sera donné un jour ;
Donnez donc maintenant, afin que la saison de donner soit vôtre et non celle de vos héritiers.
Vous dites souvent : "Je donnerai, mais seulement à ceux qui le méritent".
Les arbres de vos vergers ne parlent pas ainsi, ni les troupeaux dans vos pâturages.
Ils donnent afin de vivre, car retenir est périr.
Sûrement celui qui est digne de recevoir ses jours et ses nuits est digne de tout recevoir de vous.
Et celui qui mérite de boire de l'océan de la vie mérite de remplir sa coupe à votre ruisselet.
Et y a-t-il mérite plus grand que celui qui réside dans le courage et la confiance, oui, dans la charité de recevoir ?
Et qui êtes-vous pour que les hommes se déchirent poitrine et se dépouillent de leur fierté, de sorte que vous puissiez voir leur dignité mise et leur fierté exposée ?
Voyez d'abord à mériter vous-même d’être donneur et instrument du don.
Car en vérité, c'est la vie qui donne à la vie – alors que vous, qui vous imaginer être donneurs, n’êtes en réalité que témoin.
Et vous qui recevez - et vous recevez tous – n’assumez aucune charge de gratitude, de crainte d’imposer un joug à vous-même et à celui qui donne.
Elevez-vous plutôt avec celui qui donne, prenant ses dons comme si c’étaient des ailes.
Car être trop si soucieux de votre dette, c’est douter de sa générosité qui a la terre magnanime pour mère et Dieu pour père. »

 

 

Khalil Gibran Le prophète, traduction Camille Aboussouan, Casterman.


05/09/2013 14:04 par primumviveredeindephilosophari

  • 05/09/2013 14:04 par primumviveredeindephilosophari


05/09/2013 14:03 par primumviveredeindephilosophari

La passion des origines
est un arbre
il te suit dans tes voyages
dans tes errances
quand tu es fatigué
tu t'appuies à son tronc
quand tu veux dormir
tu le secoues
et des rêves mûrs tombent dans ton
sommeil comme les fruits de l'enfance.

 

Tahar Ben Jelloun, Les Pierres du Temps et autres poèmes.


05/09/2013 14:02 par primumviveredeindephilosophari

  • 05/09/2013 14:02 par primumviveredeindephilosophari


05/09/2013 14:01 par primumviveredeindephilosophari


AINSI CHEMINE LE LANGAGE

 

« Ainsi chemine
 le langage
 de terre en terre
 de voix en voix

Ainsi nous devance
 le poème
 plus tenace que la soif
 plus affranchi que le vent ! »

 

 

Andrée Chedid, « Épreuves du langage », États provisoires du poème II, La Comédie de Reims et Cheyne Éditeur.


05/09/2013 14:00 par primumviveredeindephilosophari

  • 05/09/2013 14:00 par primumviveredeindephilosophari


05/09/2013 13:59 par primumviveredeindephilosophari

 De tous les voyageurs qui ont pris cette route,
 Qui donc est revenu, a rebroussé chemin?
 Prends garde de ne laisser peine d'amour en route,
 car tu ne reviendras, jamais, ici, demain.

 


 Omar Khayyâm.