06/10/2013 17:48 par primumviveredeindephilosophari

 

Elle était là, partout, devant lui, immense, gonflée comme la pente d'une montagne, brillant de sa couleur  bleue, profonde, toute proche, avec ses vagues hautes qui avançaient vers lui. « La mer ! La mer ! » pensait Daniel, mais il n'osa rien dire à voix haute. Il restait sans pouvoir bouger, les doigts un peu écartés, et il n'arrivait pas à réaliser qu'il avait dormi à côté d'elle. Il entendait le bruit lent des vagues qui se mouvaient sur la plage. Il n'y avait plus de vent, tout à coup, et le soleil luisait sur la mer, allumait un feu sur chaque crête de vague. Le sable de la plage était couleur de cendres, lisse, traversé de ruisseaux et couvert de larges flaques qui reflétaient le ciel. Au fond de lui-même, Daniel a répété le beau nom plusieurs fois, comme cela, « La mer, la mer, la mer… » la tête pleine de bruit et de vertige. Il avait envie de parler, de crier même, mais sa gorge ne laissait pas passer sa voix. Alors il fallait qu'il parte en criant, en jetant très loin son sac bleu qui roula dans le sable, il fallait qu'il parte en agitant ses bras et ses jambes comme quelqu'un qui traverse une autoroute. Il bondissait par dessus les bandes de varech, il titubait dans le sable sec du haut de la plage. Il ôtait ses chaussures et ses chaussettes, et pieds nus, il courait encore plus vite, sans sentir les épines des chardons. La mer était loin, à l'autre bout de la plaine de sable. Elle brillait dans la lumière, elle changeait de couleur et d'aspect, étendue bleue, puis grise, verte, presque noire, bancs de sable ocre, ourlets blancs des vagues. Daniel ne savait pas qu'elle était si loin. Il continuait à courir, les bras serrés contre son corps, le cœur cognant de toutes ses forces dans sa poitrine. Maintenant il sentait le sable dur comme l'asphalte, humide et froid sous ses pieds. À mesure qu'il approchait, le bruit grandissait, emplissait tout comme un sifflement de vapeur. C'était un bruit très doux et très lent, puis violent et inquiétant comme les trains sur les ponts de fer, ou bien qui fuyait en arrière comme l'eau des fleuves. Mais Daniel n'avait pas peur. Il continuait à courir le plus vite qu'il pouvait, droit dans l'air froid, sans regarder ailleurs. Quand il ne fut plus qu'à quelques mètres de la frange d'écume, il sentit l'odeur des profondeurs et il s'arrêta. Un point de côté brûlait son aine, et l'odeur puissante de l'eau salée l'empêchait de reprendre son souffle. Il s'assit sur le sable mouillé, et il regarda la mer monter devant lui presque jusqu'au centre du ciel. Il avait tellement pensé à cet instant-là, il avait tellement imaginé le jour où il la verrait enfin, réellement, pas comme sur les photos ou comme au cinéma, mais vraiment, la mer toute entière, exposée autour de lui, gonflée avec les gros dos des vagues qui se précipitent et déferlent, les nuages d'écume, les pluies d'embrun en poussière dans la lumière du soleil, et surtout, au loin, cet horizon courbe comme un mur devant le ciel ! Il avait tellement désiré cet instant-là qu'il n'avait plus de forces, comme s'il allait mourir, ou s'endormir. C'était bien la mer, sa mer, pour lui seul maintenant, et il savait qu'il ne pourrait plus jamais s'en aller.

 


J-M.G.Le Clézio, Celui qui n'avait jamais vu la mer, Extrait, Gallimard, 1978.


06/10/2013 17:47 par primumviveredeindephilosophari

  • 06/10/2013 17:47 par primumviveredeindephilosophari


28/09/2013 12:30 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/09/2013 12:30 par primumviveredeindephilosophari

Harmenszoon van RIJN REMBRANDT.


28/09/2013 12:29 par primumviveredeindephilosophari


L'amour ne disparaît jamais...la mort n'est rien.
Je suis seulement passé dans la pièce d'à côté.
Je suis moi et vous êtes vous.
Ce que nous étions les uns pour les autres,
nous le sommes toujours.
Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné.
Parlez-moi comme vous l'avez toujours fait.
Ne changez rien au ton,
Ne prenez pas un air solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l'a toujours été.
La vie signifie tout ce qu'elle a toujours signifié.
Elle est ce qu'elle a toujours été.
Le fil n'est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée,
simplement parce que je suis hors de votre vue?
Je vous attends, je ne suis pas loin,
juste de l'autre côté du chemin.
Vous voyez, tout est bien.

 

Saint Augustin.


28/09/2013 12:28 par primumviveredeindephilosophari

  
Jacques Brel A Mon Dernier Repas par jacque_brel


28/09/2013 12:27 par primumviveredeindephilosophari


 Flacon de vin au milieu de fleurs.
 Je bois seul et sans compagnon.
 Je lève ma coupe. Lune, à ta santé ;
 Moi la lune, mon ombre : nous voilà trois.
 La lune, hélas, ne boit pas.
 Mon ombre ne sait qu’être là.
 Amis d’un moment, la lune et mon ombre.
 Le printemps nous dit d’être vite heureux.
 Je chante et la lune flâne.
 Je danse, et mon ombre veille.
 Avant d’être ivres nous jouons ensemble.
 L’ivresse venue, nous nous séparons.
 Puisse longtemps durer notre amitié calme.
 Rendez-vous un jour dans la Voie Lactée.

 

 Li Po (701-762).


28/09/2013 12:26 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/09/2013 12:26 par primumviveredeindephilosophari


28/09/2013 12:25 par primumviveredeindephilosophari


Il y avait une fois un homme vieux, vieux comme les pierres. Ses yeux voyaient à peine, ses oreilles n'entendaient guère, et ses genoux chancelaient. Un jour, à table, ne pouvant plus tenir sa cuiller, il répandit de la soupe sur la nappe, et même un peu sur sa barbe.
Son fils et sa bru en prirent du dégoût, et désormais le vieillard mangea seul, derrière le poêle, dans un petit plat de terre à peine rempli. Aussi regardait-il tristement du côté de la table, et des larmes roulaient sous ses paupières ; si bien qu'un autre jour, échappant à ses mains tremblantes, le plat se brisa sur le parquet.
Les jeunes gens le grondèrent, et le vieillard poussa un soupir ; alors ils lui donnèrent pour manger une écuelle de bois.
Or, un soir qu'ils soupaient à table, tandis que le bonhomme était dans son coin, ils virent leur fils, âgé de quatre ans, assembler par terre de petites planches.
-Que fais-tu là ? lui demandèrent-ils.
-Une petite écuelle, répondit le garçon, pour faire manger papa et maman quand je serai marié....
L'homme et la femme se regardèrent en silence... ; des larmes leur vinrent aux yeux. Ils rappelèrent entre eux l'aïeul qui ne quitta plus la table de famille.

 


Les frères Grimm,Contes choisis de la famille,L'aïeul et le petit-fils.


28/09/2013 12:25 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/09/2013 12:25 par primumviveredeindephilosophari

Francisco de ZURBARÁN.


28/09/2013 12:23 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/09/2013 12:23 par primumviveredeindephilosophari