07/10/2013 21:44 par primumviveredeindephilosophari
07/10/2013 21:44 par primumviveredeindephilosophari
06/10/2013 17:58 par primumviveredeindephilosophari
06/10/2013 17:57 par primumviveredeindephilosophari
06/10/2013 17:56 par primumviveredeindephilosophari
Jean-Baptiste Camille Corot , pensive oriental .
06/10/2013 17:55 par primumviveredeindephilosophari
[...]
Pour dire d'un homme qu'il est civilisé, on dit souvent « cultivé ». Pourquoi? Qu'est-ce que c'est que cette culture? Souvent, trop souvent, cela veut dire que cet homme sait le grec ou le latin, qu'il est capable de réciter des vers par cœur, qu'il connaît les noms des peintres hollandais et des musiciens allemands. La culture sert alors à briller dans un monde où la futilité est de mise. Cette culture n'est que l'envers d'une ignorance. Cultivé pour celui-ci, inculte pour celui-là. Étant relative, la culture est un phénomène infini ; elle ne peut jamais être accomplie. Qu'est-il donc, cet homme cultivé que l'on veut nous donner pour modèle?
Trop souvent aussi, on réduit cette notion de culture au seul fait des arts. Pourquoi serait-ce là la culture? Dans cette vie, tout est important. Plutôt que de dire d'un homme qu'il est cultivé, je voudrais qu'on me dise : c'est un homme.
[...]
J.M.G Le Clézio, L'extase matérielle, Extrait.
06/10/2013 17:54 par primumviveredeindephilosophari
06/10/2013 17:52 par primumviveredeindephilosophari
Ce qu'il y a au fond de nous, ce ne sont pas les obsessions, ni les désirs contrariés, ni tout ce qu'on a inventé pour expliquer le mécanisme de l'esprit. Fausse science, cette science du langage par le langage, qui invente ses propres monstres. Mensongère, cette science qui interprète, qui divise, qui juge. La faillite de la psychologie est tout entière dans son intelligence. Car enfin, de quoi parlons-nous? Parlons-nous des problèmes de la société, de la pluie et du beau temps, des jeux de société et des histoires drôles? Si oui, la psychologie répond parfaitement. Mais si nous parlons de l'âme, des émotions, de l'intérieur brûlant et remuant au fond de notre corps, comment imaginer que ces règles et ces associations d'idées vont réussir à en rendre compte? Mais plus encore que la naïveté et l'orgueil, ce qui condamne les prétendues sciences humaines, c'est leur esprit de domination.
Je ne me sens pas intéressé par un savoir qui cherche à vaincre ou à convaincre. Je n'ai pas de goût pour l'intelligence qui trace ses plans, qui organise le futur. Connaître quelques secrets de l'esprit, pour quoi faire? Pour ordonner, pour déterminer?
Mais la part de l'esprit que j'aime, c'est celle-là justement qu'aucune parole ne livre. C'est la vie en profondeur, le mouvement, insaisissable, insécable. C'est le son de la voix, sa musique hésitante, contradictoire, et non la somme de ses mots. L'esprit de l'homme est semblable au vent, à la pluie, à la lumière. Quand on est au-dehors, on ne le perçoit pas. Quand on est au-dedans, il n'y a pas moyen de le comprendre. Il est trop mobile, imprévisible, bondissant. La beauté coupe le souffle, précipite. La beauté vous rend semblables, et vous n'avez plus le loisir de l'intelligence.
[...]
J M G Le Clézio, L'inconnu sur la terre, Extrait.
06/10/2013 17:51 par primumviveredeindephilosophari
06/10/2013 17:50 par primumviveredeindephilosophari
Ils étaient les hommes et les femmes de sable, du vent, de la lumière, de
la nuit. Ils étaient apparus, comme dans un rêve, en haut d'une dune,
comme s'ils étaient nés du ciel sans nuages, et qu'ils avaient dans leurs
membres la dureté de l'espace. Ils portaient avec eux la faim, la soif qui
fait saigner les lèvres, le silence dur où luit le soleil, les nuits froides, la
lueur de la Voie lactée, la lune ; ils avaient avec eux leur ombre géante au
coucher du soleil, les vagues de sable vierge que leurs orteils écartés
touchaient, l'horizon inaccessible. Ils avaient surtout la lumière de leur
regard, qui brillait si clairement dans la sclérotique de leurs yeux.
Le troupeau des chèvres bises et des moutons marchait devant leurs
enfants. Les bêtes aussi allaient sans savoir où, posant leurs sabots sur
des traces anciennes. Le sable tourbillonnait entre leurs pattes,
s'accrochait à leurs toisons sales. Un homme guidait les dromadaires, rien
qu'avec la voix, en grognant et en crachant comme eux. Le bruit rauque
des respirations se mêlait au vent, disparaissait aussitôt dans les creux
des dunes, vers le sud. Mais le vent, la sécheresse, la faim n'avaient plus
d'importance. Les hommes et le troupeau fuyaient lentement,
descendaient vers le fond de la vallée sans eau, sans ombre.
J M G Le Clézio, Désert, Extrait.
