11/10/2013 19:33 par primumviveredeindephilosophari

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11/10/2013 19:32 par primumviveredeindephilosophari

 

 A ce moment précis l’homme se dit:
 Que ne donnerais-je pas pour le bonheur
 d’être en Islande à tes côtés
 sous le grand jour immobile
 et de partager l’instant présent
 comme on partage la musique
 ou le goût d’un fruit.
 A ce moment précis
 l’homme était en Islande à côté d’elle.

 ~


 En aquel preciso momento el hombre se dijo:
 Qué no daría yo por la dicha
 de estar a tu lado en Islandia
 bajo el gran día inmóvil
 y de compartir el ahora
 como se comparte la música
 o el sabor de una fruta.
 En aquel preciso momento
 el hombre estaba junto a ella en Islandia.

 

 Jorge Luis Borges, Le Chiffre, Nostalgie du présent.


11/10/2013 19:32 par primumviveredeindephilosophari

  • 11/10/2013 19:32 par primumviveredeindephilosophari


11/10/2013 19:31 par primumviveredeindephilosophari


 Un homme qui cultive son jardin, comme le voulait Voltaire.
 Celui qui est reconnaissant que sur la terre il y ait de la musique.
 Celui qui découvre avec plaisir une étymologie.
 Deux employés qui dans un café du Sud jouent un silencieux jeu d’échecs.
 Le céramiste qui prémédite une couleur et une forme.
 Un typographe qui compose bien cette page, qui peut-être ne lui plaît pas.
 Une femme et un homme qui lisent les tercets finaux d’un certain chant.
 Celui qui caresse un animal endormi.
 Celui qui justifie ou veut justifier un mal qu’on lui a fait.
 Celui qui est reconnaissant que sur terre il y ait un Stevenson.
 Celui qui préfère que les autres aient raison.
 Ces personnes, qui s’ignorent, sont en train de sauver le monde.

 ~

 

 Un hombre que cultiva su jardin, como queria Voltaire.
 El que agradece que en la tierra haya musica.
 El que descubre con placer una etimologia.
 Dos empleados que en un cafè del Sur juegan un silencioso ajedrez.
 El ceramista que premedita un color y una forma.
 El tipografo que compone bien esta pagina, que tal vez no le agrada.
 Una mujer y un hombre que leen los tercetos finales de cierto canto.
 El que acaricia a un animal dormido.
 El que justifica o quiere justificar un mal que le han hecho.
 El que agradece que en la tierra haya Stevenson.
 El que prefiere que los otros tengan razon.
 Esas personas, que se ignoran, estan salvando el mundo.

 


 Jorge Luis Borges,Le Chiffre, Les justes.


11/10/2013 19:30 par primumviveredeindephilosophari

  • 11/10/2013 19:30 par primumviveredeindephilosophari


07/10/2013 21:51 par primumviveredeindephilosophari


07/10/2013 21:50 par primumviveredeindephilosophari


07/10/2013 21:49 par primumviveredeindephilosophari


07/10/2013 21:48 par primumviveredeindephilosophari

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07/10/2013 21:48 par primumviveredeindephilosophari

 
 Chers amis, si je vous appelle ainsi
 C’est au sens large de ce mot :
 Femme, sœur, cousin, camarade,
 Compagnes et compagnons de jeunesse,
 Et vous, rencontrés une seule fois
 Ou pratiqués toute la vie,
 Pourvu qu’entre nous, fût-ce un seul moment,
 Une corde ait été tendue.

 A vous, compagnons d’un chemin
 Que n’a pas épargnés la peine,
 Mais à vous aussi qui avez perdu
 Le cœur et l’envie de vivre.
 Personne ou quelques-uns, un seul ou toi
 Qui me lis : souviens toi du temps
 Avant que se fige la cire :
 Chacun de nous porte l’empreinte
 De l’ami rencontré en route.
 Dans les bons et les mauvais jours,
 Nous les fous ou nous les sages,
 Chacun marqué par chacun.

 Maintenant que le temps presse,
 Que les combats sont finis,
 A vous tous le souhait modeste
 Que l’automne soit long et doux.

 


 Primo Levi, Aux amis.