15/10/2013 22:37 par primumviveredeindephilosophari

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15/10/2013 22:37 par primumviveredeindephilosophari


Le repos en Egypte

 

 

La nuit est bleue et chaude, et le calme infini...
Roulé dans son manteau, le front sur une pierre,
Joseph dort, le coeur pur, ayant fait sa prière ;
Et l’âne à ses côtés est comme un humble ami.

Entre les pieds du sphinx appuyée à demi,
La vierge, pâle et douce, a fermé la paupière ;
Et, dans l’ombre, une étrange et suave lumière
Sort du petit Jésus dans ses bras endormi.

Autour d’eux le désert s’ouvre mystérieux ;
Et tout est si tranquille à cette heure, en ces lieux,
Qu’on entendrait l’enfant respirer sous ses voiles.

Nul souffle... La fumée immobile du feu
Monte ainsi qu’un long fil se perdre dans l’air bleu...
Et le sphinx éternel atteste les étoiles.

 

Albert Samain, Symphonie héroïque, Le repos en Egypte.


15/10/2013 22:36 par primumviveredeindephilosophari

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15/10/2013 22:35 par primumviveredeindephilosophari

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15/10/2013 22:34 par primumviveredeindephilosophari


Le Dattier

 


Il est un arbre grêle au bouquet toujours vert,
Dont le stipe élancé dans le ciel bleu s'élève,
Et qui vit sobrement au milieu du désert,
Offrant au chamelier un peu d'ombre et de rêve.


Sans s'accabler devant le terrible concert
Des simouns enflammés qu'un vent brûlant soulève,
Il vit indifférent... Et de son sein ouvert
Jaillit le fruit auguste à l'apaisante sève.


Généreux et debout dans mon pays natal,
Il répand largement d'un geste oriental
Ses bienfaits, en souffrant sans dire une syllabe.


O beau dattier sacré béni par le Coran
Achève tes vieux jours sous le soleil vibrant
Et donne sans compter comme un émir arabe!

 

 

Anthologie de la poésie francophone d'Egypte: vingt-huit poètes d'Egypte, Extrait.


15/10/2013 22:33 par primumviveredeindephilosophari

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15/10/2013 22:33 par primumviveredeindephilosophari

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15/10/2013 22:32 par primumviveredeindephilosophari

 

Dans la nuit claire et froide où l'air semble gelé,
Engourdi, frissonnant, sous la clarté lunaire,
Le grand sphinx de granit compte ses millénaires
Et revit solitaire les splendeurs du passé
Le sable mollement roule son étendue,
Et le scintillement des facettes polies
Brille comme mille feux d'ardentes pierreries,
Merveilleuses parures et gemmes inconnues.

La lune aux yeux bleus coule son disque jaune,
Ses reflets opalins, dans ses orbites creux,
Donne au sphinx l'attitude trompeuse
Du sommeil menaçant que simulent les fauves.

Sur l'immensité du désert sans borne,
Silencieux, figé dans sa robe hiératique,
Sur son socle rigide, la face énigmatique
S'appesantit pensive, dure, farouche et morne.

Et superbe gardien des siècles disparus,
Survivant éternel de l'antique débâcle,
Comme un cheval sauvage qui soudain renâcle,
Dans la nuit noire surgissent des êtres déjà vus,

Leurs fantômes ailés repeuplent le désert
Et leurs pas talonnant ont fait crier le sable,
Le sphinx mystérieux, pensif et vénérable
Regarde tournoyer ces monstres de l'enfer.

Resurgis du passé, ils défilent en cadence :
Grands colosses de pierre à tête de bélier,
Sphinx, griffons, ibis, pharaons et guerriers
Tous viennent une nuit pour la dernière séance...

Sous les rayons blafards de la lune nostalgique,
Déroulant lentement leur émouvant cortège,
Les colosses de granit et les fantômes de neige
Semblent les seuls survivants des hordes fantastiques

Alors quand l'aube paraît soudain à l'horizon,
Ces ombres disparaissent avec flûtes et sistres
Ayant tous achevé leur dernier tour de piste !
Seul, le Colosse de sable figé, rêve sa vision.

Voyageurs qui cherchez la clef d'anciens mystères
Dans le silence des dunes une voix vous appelle
Un pharaon de pierre interpelle les mortels
Pour leur dire que leur corps n'est que de la poussière...

 


Arthur Rimbaud, Le Sphinx.


15/10/2013 22:31 par primumviveredeindephilosophari

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15/10/2013 22:30 par primumviveredeindephilosophari

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