03/11/2013 18:22 par primumviveredeindephilosophari

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03/11/2013 18:20 par primumviveredeindephilosophari

Avec ses vêtements ondoyants et nacrés,même quand elle marche on croirait qu'elle danse.


Charles Baudelaire.


03/11/2013 18:20 par primumviveredeindephilosophari

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01/11/2013 22:56 par primumviveredeindephilosophari

  • 01/11/2013 22:56 par primumviveredeindephilosophari

Gregory Colbert.


01/11/2013 22:55 par primumviveredeindephilosophari

«La viande ! C'était l'aspiration la plus ancienne, la plus réelle, et la plus universelle de l'humanité. Il pensa à Morel et à ses éléphants et sourit amèrement. Pour l'homme blanc, l'éléphant avait été pendant longtemps uniquement de l'ivoire et pour l'homme noir, il était uniquement de la viande, la plus abondante quantité de viande qu'un coup heureux de sagaie empoisonnée pût lui procurer. L'idée de la "beauté" de l'éléphant, de la "noblesse" de l'éléphant, c'était une idée d'homme rassasié...»
 

Romain Gary, Les Racines du ciel, Extrait, Gallimard, 1954.
 


01/11/2013 22:54 par primumviveredeindephilosophari

  • 01/11/2013 22:54 par primumviveredeindephilosophari


01/11/2013 22:53 par primumviveredeindephilosophari

“C'était pas dizaines de milliers, dit-il, que les éléphants étaient abattus chaque année en Afrique – trente mille, l'année dernière – et il était décidé à tout faire pour empêcher ces crimes de continuer. Voilà pourquoi il était venu au Tchad : il avait entrepris une campagne pour la défense des éléphants. Tous ceux qui ont vu ces bêtes magnifiques en marche à travers les derniers grands espaces libres du monde savent qu'il y a là une dimension de vie à sauver. La conférence pour la protection de la faune africaine allait se réunir bientôt au Congo et il était prêt à remuer ciel et terre pour obtenir les mesures nécessaires. Il savait bien que les troupeaux n'étaient pas menacés uniquement par les chasseurs – il y avait aussi le déboisement, la multiplication des terres cultivées, le progrès, quoi ! Mais la chasse était évidemment ce qu'il y avait de plus ignoble et c'était par là qu'il fallait commencer. Savait-elle par exemple qu'un éléphant tombé dans un piège agonisait souvent, empalé sur des pieux, pendant des jours et des jours ? Que la chasse au feu était encore pratiquée par les indigènes sur une large échelle et qu'il lui était arrivé de tomber sur les carcasses de six éléphanteaux victimes d'un feu auquel les bêtes adultes avaient pu échapper grâce à leur taille et à leur rapidité ? Et savait-elle que des troupeaux entiers d'éléphants s'échappaient quelquefois de la savane enflammée brûlés jusqu'au ventre et qu'ils souffraient pendant des semaines ? - il avait entendu pendant des nuits entières les cris de ces bêtes blessées. Savait-elle que la contrebande de l'ivoire était pratiquée sur une grande échelle par les marchands arabes et asiatiques qui poussaient les tribus au braconnage ? Des milliers de tonnes d'ivoire vendues chaque année à Hong-Kong… Trente mille éléphants par an – pouvait-on réfléchir un instant à ce que cela représente sans avoir envie de saisir un fusil pour se mettre du côté des survivants ? Savait-elle qu'un homme comme Haas, fournisseur choyé de la plupart des grands zoos, voyait crever sous ses yeux au moins la moitié des éléphanteaux qu'il capturait ? Les indigènes, eux, au moins avaient des excuses : il n'y avait pas assez de protéines dans leur régime alimentaire. Ils abattaient les éléphants pour les manger. C'était, pour eux, de la viande. La préservation des éléphants exigeait donc, en premier lieu, l'élévation du niveau de vie en Afrique, condition préalable de toute campagne sérieuse pour la protection de la nature. Mais les blancs ? La chasse « sportive » - pour la « beauté » du coup de fusil ?”

 

 


Romain Gary, Les Racines du ciel, Extrait, Gallimard, 1954.


01/11/2013 22:52 par primumviveredeindephilosophari

  • 01/11/2013 22:52 par primumviveredeindephilosophari


01/11/2013 22:51 par primumviveredeindephilosophari

« Non, je ne puis prétendre l'avoir vraiment connue, j'ai surtout beaucoup pensé à elle, ce qui est encore une façon d'avoir de la compagnie. Elle avait certainement manqué de franchise à mon égard, et même de simple honnêteté : c'est à cause d'elle que l'administration d'une région à laquelle je tenais beaucoup m'a été retirée, et que l'on m'a confié la charge de ces grandes réserves de troupeaux africains, jugeant sans doute que la confiance et la naïveté dont j'avais fait preuve dans cette affaire me révélaient plus qualifié pour m'occuper des bêtes que des humains. Je ne m'en plains pas et je trouve même que l'on a encore été bien gentil avec
 moi : ils auraient pu m'expédier quelque part, loin de l'Afrique, et, à mon âge, il y a des ruptures auxquelles on risque de ne pas survivre. Quant à Morel tout a été dit là-dessus. Je crois que c'était un homme qui,dans la solitude, était allé encore plus loin que les autres - véritable exploit, soit dit en passant, car lorsqu'il s'agit de battre des records de solitude, chacun de nous se découvre une âme de champion. Il vient souvent me retrouver, pendant mes nuits d'insomnie, avec son air en rogne, les trois rides profondes de son front droit,têtu, sous les cheveux ébouriffés, et cette fameuse serviette à la main, bourrée de pétitions et de manifestes
 pour la défense de la nature, qui ne le quittait jamais. J'entends souvent sa voix me répéter, avec cet accent faubourien assez inattendu chez un homme qui avait, comme on dit, de l'éducation C'est bien simple, les chiens, ça suffit plus. Les gens se sentent drôlement seuls, ils ont besoin de compagnie, ils ont besoin de quelque chose de plus grand, de plus costaud, sur quoi s'appuyer, qui puisse vraiment tenir le coup. Les chiens ne suffisent plus, les hommes ont besoin des éléphants. Alors, je ne veux pas qu'on y touche. II me le déclare avec le plus grand sérieux et il frappe toujours un coup sec sur la crosse de sa carabine, comme pour donner plus de poids à ses paroles. On a dit de Morel qu'il était exaspéré par notre espèce et acculé à défendre contre elle une sensibilité excessive, les armes à la main. On a affirmé gravement qu'il était un anarchiste, décidé à aller plus loin que les autres, qu'il voulait rompre, non seulement avec la société, mais avec l'espèce humaine elle-même - " volonté de rupture" et "sortir de l'humain" furent, je crois, les expressions les plus fréquemment employées par ces messieurs. Et comme s'il ne suffisait pas de ces sornettes, je viens de trouver dans une ou deux vieilles revues qui me sont tombées sous la main, à Fort-Archambault, une explication particulièrement magistrale. Il paraît que les éléphants que Morel défendait étaient entièrement symboliques et même poétiques, et que le pauvre homme rêvait d'une sorte de réserve dans l'Histoire, comparable à nos réserves africaines, où il serait interdit de chasser, et où toutes nos vieilles valeurs spirituelles, maladroites, un peu monstrueuses et incapables de se défendre, et tous nos vieux droits de l'homme, véritables survivants d'une époque géologique révolue, seraient conservés intacts pour la beauté du coup d' oeil et pour l'édification dominicale de nos arrière-petits-enfants.»

 

 

 


Romain Gary, Les Racines du ciel, Extrait, Gallimard, 1954.


01/11/2013 22:50 par primumviveredeindephilosophari

  • 01/11/2013 22:50 par primumviveredeindephilosophari

Gregory Colbert.