01/12/2013 16:30 par primumviveredeindephilosophari
01/12/2013 16:30 par primumviveredeindephilosophari
René Gruau
01/12/2013 16:29 par primumviveredeindephilosophari
La Chambre était pauvre et vulgaire,
Cachée au dessus de la taverne louche.
Par la fenêtre on apercevait la ruelle étroite et sordide.
D'en bas montait la voix de quelques ouvriers
Qui jouaient aux cartes et faisaient la fête.
Et là, sur l'humble lit plébéien,
J'ai possédé le corps de l'amour,
J'ai possédé les lèvres
Voluptueuses et rouges de l'ivresse
Empourprées d'une telle ivresse
Que même en ce moment
Où j'écris après tant d'années,
Dans ma maison solitaire,
J'en suis de nouveau tout enivré.
Constantin Cavafy, Une nuit.
01/12/2013 16:28 par primumviveredeindephilosophari
Jean-Auguste-Dominique Ingres
01/12/2013 16:27 par primumviveredeindephilosophari
Tu es là, mon amour, et je n'ai lieu qu'en toi. J'élèverai vers toi la source de mon être, et t'ouvrirai ma nuit de femme, plus claire que ta nuit d'homme ; et la grandeur en moi d'aimer t'enseignera peut-être la grâce d'être aimé. Licence alors aux jeux du corps ! Offrande, offrande, et faveur d'être ! La nuit t'ouvre une femme : son corps, ses havres, son rivage ; et sa nuit antérieure où gît toute mémoire. L'amour en fasse son repaire !
Saint-John Perse, Amers, IX Etroits sont les vaisseaux, Tu es là, mon amour.
01/12/2013 16:26 par primumviveredeindephilosophari
Amedeo Modigliani
01/12/2013 16:24 par primumviveredeindephilosophari
Vivons, dans notre amour et notre ardeur,
Vivons si hardiment nos plus belles pensées
Qu’elles s’entrelacent harmonisées
À l’extase suprême et l’entière ferveur.
Parce qu’en nos âmes pareilles,
Quelque chose de plus sacré que nous
Et de plus pur, et de plus grand s’éveille,
Joignons les mains pour l’adorer à travers nous.
Il n’importe que nous n’ayons que cris ou larmes
Pour humblement le définir
Et que si rare et si puissant en soit le charme,
Qu’à le goûter nos cœurs soient prêts à défaillir.
Restons quand même et pour toujours, les fous
De cet amour presque implacable,
Et les fervents, à deux genoux,
Du Dieu soudain qui règne en nous,
Si violent et si ardemment doux
Qu’il nous fait mal et nous accable.
Emile Verhaeren, Les heures claires, Vivons, dans notre amour et notre ardeur, 1896.
01/12/2013 16:23 par primumviveredeindephilosophari
Alexandre Schoenewerk, Musée d'Orsay.
01/12/2013 16:22 par primumviveredeindephilosophari
Il m’a dit : « Cette nuit, j’ai rêvé. J’avais ta chevelure autour de mon cou. J’avais tes cheveux comme un collier noir autour de ma nuque et sur ma poitrine.
« Je les caressais, et c’étaient les miens ; et nous étions liés pour toujours ainsi, par la même chevelure la bouche sur la bouche, ainsi que deux lauriers n’ont souvent qu’une racine.
« Et peu à peu, il m’a semblé, tant nos membres étaient confondus, que je devenais toi-même ou que tu entrais en moi comme mon songe. »
Quand il eut achevé, il mit doucement ses mains sur mes épaules, et il me regarda d’un regard si tendre, que je baissai les yeux avec un frisson.
Pierre Louÿs, Les chansons de Bilitis, La chevelure, 1895.
01/12/2013 16:21 par primumviveredeindephilosophari
Auguste Rodin.
01/12/2013 16:20 par primumviveredeindephilosophari
Heureuses les lèvres de chair !
Leurs baisers se peuvent répondre ;
Et les poitrines pleines d'air !
Leurs soupirs se peuvent confondre.
Heureux les coeurs, les coeurs de sang !
Leurs battements peuvent s'entendre ;
Et les bras ! Ils peuvent se tendre,
Se posséder en s'enlaçant.
Heureux aussi les doigts ! Ils touchent ;
Les yeux ! Ils voient. Heureux les corps !
Ils ont la paix quand ils se couchent,
Et le néant quand ils sont morts.
Mais, oh ! Bien à plaindre les âmes !
Elles ne se touchent jamais :
Elles ressemblent à des flammes
Ardentes sous un verre épais.
De leurs prisons mal transparentes
Ces flammes ont beau s'appeler,
Elles se sentent bien parentes,
Mais ne peuvent pas se mêler.
On dit qu'elles sont immortelles ;
Ah ! Mieux leur vaudrait vivre un jour,
Mais s'unir enfin ! ... dussent-elles
S'éteindre en épuisant l'amour !
Sully Prudhomme, Les solitudes, Corps et âmes, 1869.
