22/12/2013 11:20 par primumviveredeindephilosophari
22/12/2013 11:36 par primumviveredeindephilosophari
Et maintenant nous chanterons l'amour
Car il n'y a pas de Révolution sans Amour,
Il n'y a pas de matin sans sourire.
La beauté sur nos lèvres est un fruit continu.
Elle a ce goût précis des oursins que l'on cueille à l'aube
Et qu'on déguste alors que l'Oursin d'Or s'arrache aux brumes et sur les vagues module son chant.
Car tout est chant -hormis la mort!
Je t'aime!
Il faut chanter, Révolution, le corps sans fin renouvelé de la Femme,
La main de l'Ami,
Le galbe comme une ecriture sur l'espace
De toutes ces passantes et de tous ces passants
Qui donnent à notre marche sa vraie lumière,
A notre coeur son élan.
Ô vous tous qui constituez la beauté sereine ou violente
Corps purs dans l'alchimie inlassable de la Révolution,
Regards incorruptibles, baisers, désirs dans les tâtonnements de notre lutte,
Points d'appui, points réels pour ponctuer notre espérance,
Ô vous, frères, citoyens de beauté, entrez dans le Poème!
Jean Sénac, Citoyens de beauté.
22/12/2013 11:20 par primumviveredeindephilosophari
13/12/2013 13:20 par primumviveredeindephilosophari
13/12/2013 13:19 par primumviveredeindephilosophari
Peuvent-ils vraiment croire que le monde est une leçon à apprendre, ou un jeu dont il suffit de connaître les règles? Vivre est ailleurs. C'est une aventure qui ne finit pas, qui ne se prévoit pas. (...) C'est comme l'air, comme l'eau, cela entoure, pénètre, illumine (...) Apprendre, sentir, ce n'est pas chercher à s'approprier le monde; c'est seulement vouloir vibrer, être à chaque seconde le lieu de passage de tout ce qui vient du dehors ... (...) Etre vide, non pas comme on est absent- le gouffre, le vertige avant la chute - mais en étendant son corps et son âme pour couvrir l'espace.
J M G Le Clézio, L'inconnu sur la terre, Extrait.
13/12/2013 13:12 par primumviveredeindephilosophari
13/12/2013 13:11 par primumviveredeindephilosophari
Mais dans la beauté réelle il y a surtout ceci: l'infini interne. Parfois, je regarde des yeux comme cela, deux yeux dans le visage d'un enfant de cinq ans. (...) Ce sont deux yeux profonds, clairs, qui fixent directement votre regard, qui traversent tout droit l'air transparent de leur lumière que rien ne peut troubler. (...) Ils ne veulent pas juger, ni séduire, ni subjuguer. Ils veulent seulement voir ce qu'il y a et, par les pupilles ouvertes, recevoir en retour le rayonnement de la lumière. Alors dans ces yeux, sans qu'on puisse comprendre pourquoi, on aperçoit soudain la profondeur qui est sous toutes les apparences.
J M G Le Clézio, L'inconnu sur la terre, Extrait.
13/12/2013 13:03 par primumviveredeindephilosophari
13/12/2013 13:02 par primumviveredeindephilosophari
La révolte est un sentiment destructeur, avilissant. Ceux qui s'y installent rejoignent les autres menteurs, car ils se complaisent à faire durer cette colère morte. Agressifs contre tout ce qu'ils voient, contre tout ce qu'ils approchent, ils ont transformé sans s'en rendre compte leur colère ancienne en méchanceté et en aigreur. (...) Je reconnais la beauté de ceux et celles qui refusent; la continence, le contrôle de soi-même font leur visage pareil à la pierre, et leur regard est plein de cette lumière libérée. Ils refusent la facilité des systèmes, les jugements, la facilité de l'amoralisme, l'argent. Ils refusent, non par orgueil, mais par nécessité, parce que la vie est pure et sans compromis. Solitaires, donc, car ceux qui refusent ne sont pas aimés. Leur visage effraie les autres hommes, leur regard les trouble et les gêne, comme ce regard trop sombre des jeunes enfants. Comment ne peut-on pas aimer l'argent, la gloire, les plaisirs, l'intelligence, le pouvoir? Comment peut-on être autrement? Mais eux ne cèdent pas. Ils ne veulent pas. Ils ne le disent pas, ils n'expliquent rien, ne proclament rien. Simplement, leurs visages sont beaux, et ils regardent le monde silencieusement, sans mépris, sans crainte, avec la transparence et la lumière de ce qui est vrai, de ce qui ne se trompe jamais.
J M G Le Clézio, L'inconnu sur la terre, Extrait.
