28/12/2013 23:10 par primumviveredeindephilosophari
30/12/2013 12:30 par primumviveredeindephilosophari
30/12/2013 12:29 par primumviveredeindephilosophari
Il est de fait que les vieux cons, comme vous dites, sont d'anciens jeunes cons restés fidèles aux mêmes valeurs sacrées de la condition humaine qui s'accomodent aussi bien de la banane sur l'oeil à 18 ans que de la casquette Ricard à 50.
Pierre Desproges, Chroniques de la haine ordinaire, Extrait.
30/12/2013 12:25 par primumviveredeindephilosophari
28/12/2013 23:10 par primumviveredeindephilosophari
Ivan Shishkin, Wind fallen trees.
28/12/2013 13:32 par primumviveredeindephilosophari
28/12/2013 13:31 par primumviveredeindephilosophari
28/12/2013 13:29 par primumviveredeindephilosophari
Ce délire dura deux années entières, pendant lesquelles les facultés de mon âme arrivèrent au plus haut point d'exaltation. Je parlais peu, je ne parlai plus; j'étudiais encore, je jetai là les livres; mon goût pour la solitude redoubla. J'avais tous les symptômes d'une passion violente; mes yeux se creusaient; je maigrissais; je ne dormais plus; j'étais distrait, triste, ardent, farouche. Mes jours s'écoulaient d'une manière sauvage, bizarre, insensée, et pourtant pleins de délices.
Au nord du château s'étendait une lande semée de pierres druidiques; j'allais m'asseoir sur une de ces pierres au soleil couchant. La cime dorée des bois, la splendeur de la terre, l'étoile du soir scintillant à travers les nuages de rose, me ramenaient à mes songes: j'aurais voulu jouir de ce spectacle avec l'idéal objet de mes désirs. Je suivais en pensée l'astre du jour, je lui donnais ma beauté à conduire afin qu'il la présentât radieuse avec lui aux hommages de l'univers. Le vent du soir qui brisait les réseaux tendus par l'insecte sur la pointe des herbes, l'alouette de bruyère qui se posait sur un caillou, me rappelaient à la réalité: je reprenais le chemin du manoir, le coeur serré, le visage abattu.
Les jours d'orage en été, je montais au haut de la grosse tour de l'ouest.Le roulement du tonnerre sous les combles du château, les torrents de pluie qui tombaient en grondant sur le toit pyramidal des tours, l'eclair qui sillonnait la nue et marquait d'une flamme électrique les girouettes d'airain, excitaient mon enthousiasme: comme Ismen sur les remparts de Jérusalem, j'appelais la foudre; j'espérais qu'elle m'apporterait Armide.
Le ciel était-il serein? Je traversais le grand Mail, autour duquel étaient des prairies divisées par des haies plantées de saules. J'avais établi un siège, comme un nid, dans un de ces saules: là isolé entre le ciel et la terre, je passais des heures avec les fauvettes; ma nymphe était à mes côtés. J'associais également son image à la beauté de ces nuits de printemps toutes remplies de la fraîcheur de la rosée, des soupirs du rossignol et du murmure des brises.
D'autres fois, je suivais un chemin abandonné, une onde ornée de ses plantes rivulaires; j'écoutais les bruits qui sortent des lieux infréquentés; je prêtais l'oreille à chaque arbre. Je croyais entendre la clarté de la lune chanter dans les bois: je voulais redire ces plaisirs et les paroles expiraient sur mes lèvres. Je ne sais comment je retrouvais encore ma déesse dans les accents d'une voix, dans les frémissements d'une harpe, dans les sons veloutés ou liquides d'un cor ou d'un harmonica. Il serait trop long de raconter les beaux voyages que je faisais avec ma fleur d'amour; comment main en main nous visitions les ruines célèbres, Venise, Rome, Athènes, Jérusalem, Memphis, Carthage; comment nous franchissions les mers; comment nous demandions le bonheur aux palmiers d'Otahiti, aux bosquets embaumés d'Amboine et de Tidor. Comment au sommet de l'Himalaya nous allions réveiller l'aurore; comment nous descendions les fleuves saints dont les vagues épandues entourent les pagodes aux boules d'or; comment nous dormions aux rives du Gange, tandis que le bengali, perché sur le mât d'une nacelle de bambou, chantait sa barcarolle indienne.
La terre et le ciel ne m'étaient plus rien; j'oubliais surtout le dernier: mais si je ne lui adressais plus mes voeux, il écoutait la voix de ma secrète misère: car je souffrais, et les souffrances prient.
François-René de Chateaubriand, Les mémoires d'outre-tombe, Extrait.
28/12/2013 12:36 par primumviveredeindephilosophari
28/12/2013 12:35 par primumviveredeindephilosophari
28/12/2013 12:33 par primumviveredeindephilosophari
Chaque arbre a dans le vent sa voix, humble ou hautaine,
Comme l'eau différente est diverse aux fontaines. Ecoute-les. Chaque arbre a sa voix dans le vent. Le tronc muet confie au feuillage vivant Le secret souterrain de ses sourdes racines. La forêt toute entière a une voix divine; Ecoute-là. Le chêne gronde et le bouleau Chuchote, puis se tait, quand le chêne, plus haut, Murmure; l'orme gémit; le frisson du saule, Incertain et léger, est presque une parole, Et, fort d'un âpre bruit et d'un souffle marin, Mystérieusement se lamente le pin.Henri de Regnier.
