21/02/2016 11:15 par primumviveredeindephilosophari
21/02/2016 11:15 par primumviveredeindephilosophari
14/02/2016 10:39 par primumviveredeindephilosophari
"A Campos, nous n'avons pas d'école comme vous dites. À Campos, les enfants n'ont pas besoin d'aller à l'école parce que notre école est partout. Notre école c'est tout le temps, le jour, la nuit, tout ce que nous disons, tout ce que nous faisons. Nous apprenons, mais ça n'est pas dans les livres et les images, c'est autrement."
...
Raphaël a consenti à m'en révéler davantage. "À Campos, nous ne disons pas les mathématiques, l'algèvre, la géométrie, la géographie et toutes ces sciences dont tu viens de parler." Il a attendu un instant, il s'est rapproché de moi et il a chuchoté : "Nous disons : la vérité."
J-M G Le Clézio, Ourania, Extrait.
13/02/2016 22:21 par primumviveredeindephilosophari
William-Adolphe Bouguereau, The hard lesson, 1884.
13/02/2016 22:18 par primumviveredeindephilosophari
Tu vas me demander de t’indiquer les connaissances qui correspondent à l’esprit des
enfants et qu’il faut leur infuser dès leur prime jeunesse. En premier lieu, la pratique des
langues. Les tout-petits y accèdent sans aucun effort, alors que chez les adultes elle ne peut
s’acquérir qu’au prix d’un grand effort. Les jeunes enfants y sont poussés, nous l’avons dit,
par le plaisir naturel de l’imitation, dont nous voyons quelques traces jusque chez les
sansonnets et les perroquets. Et puis – rien de plus délicieux – les fables des poètes. Leurs
séduisants attraits charment les oreilles enfantines, tandis que les adultes y trouvent le plus
grand profit, pour la connaissance de la langue autant que pour la formation du jugement et
de la richesse de l’expression. Quoi de plus plaisant à écouter pour un enfant que les
apologues d’Ésope qui, par le rire et la fantaisie, n’en transmettent pas moins des préceptes
philosophiques sérieux ? Le profit est le même avec les autres fables des poètes anciens.
L’enfant apprend que les compagnons d’Ulysse ont été transformés par l’art de Circé en
pourceaux et en d’autres animaux. Le récit le fait rire mais, en même temps, il a retenu un
principe fondamental de philosophie morale, à savoir : ceux qui ne sont pas gouvernés par la
droite raison et se laissent emporter au gré de leurs passions ne sont pas des hommes mais
des bêtes. Un stoïcien s’exprimerait-il plus gravement ? Et pourtant le même enseignement
est donné par une fable amusante. Je ne veux pas te retenir en multipliant les exemples, tant
la chose est évidente. Mais quoi de plus gracieux qu’un poème bucolique ? Quoi de plus
charmant qu’une comédie ? Fondée sur l’étude des caractères, elle fait impression sur les
non-initiés et sur les enfants. Mais quelle somme de philosophie y trouve-t-on en se jouant !
Ajoute mille faits instructifs que l’on s’étonne de voir ignorés même aujourd’hui par ceux
qui sont réputés les plus savants. On y rencontre enfin des sentences brèves et attrayantes du
genre des proverbes et des mots de personnages illustres, la seule forme sous laquelle
autrefois la philosophie se répandait dans le peuple.
Erasme, De l'éducation des enfants, 1529.
13/02/2016 22:17 par primumviveredeindephilosophari
13/02/2016 22:17 par primumviveredeindephilosophari
13/02/2016 22:16 par primumviveredeindephilosophari
13/02/2016 22:15 par primumviveredeindephilosophari
13/02/2016 22:15 par primumviveredeindephilosophari
13/02/2016 22:14 par primumviveredeindephilosophari
[...]
Non,l'école ne leur fournissait pas seulement une évasion à la vie de famille. Dans la classe de M. Bernard du moins, elle nourrissait en eux une faim plus essentielle encore à l'enfant qu'à l'homme et qui est la faim de la découverte. Dans les autres classes, on leur apprenait sans doute beaucoup de choses, mais un peu comme on gave les oies.On leur présentait une nourriture toute faite en les priant de vouloir bien l'avaler. Dans la classe de M. Germain, pour la première fois ils sentaient qu'ils existaient et qu'ils étaient l'objet de la plus haute considération : on les jugeait dignes de découvrir le monde. Et même leur maître ne se vouait pas seulement à leur apprendre ce qu'il était payé pour leur enseigner, il les accueillait avec simplicité dans sa vie personnelle, il la vivait avec eux, leur racontant son enfance et l 'histoire d'enfants qu'il avait connus, leur exposait ses points de vue,non point ses idées, car il était par exemple anticlérical comme beaucoup de ses confrères et n'avait jamais en classe un seul mot contre la religion, ni contre rien de ce qui pouvait être l'objet d'un choix ou d'une conviction, mais il n'en condamnait qu'avec plus de force ce qui ne souffrait pas de discussion, le vol, la délation, l'indélicatesse, la malpropreté.
[...]
Albert Camus, le premier homme, l'école,1960.
