15/03/2014 12:16 par primumviveredeindephilosophari
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15/03/2014 12:16 par primumviveredeindephilosophari
15/03/2014 12:15 par primumviveredeindephilosophari
14/03/2014 20:29 par primumviveredeindephilosophari
Ivan Aivazovski, The black sea at night, 1879.
14/03/2014 20:27 par primumviveredeindephilosophari
La mer est calme et lisse, belle comme le ciel. Il n'y a pas de couleur plus belle : le bleu, sans lumière, pur et dense, le bleu comme si on l'avait peint. La couleur de toute la mer.
Devant la mer, jamais on n'est seul. On est heureux, ainsi, de la voir devant soi, elle si grande, étendue de l'horizon jusqu'aux accidents des terres, elle si calme et puissante, que rien ne dérange. Elle qui ne se trouble pas, qui ne souffre pas. Elle, inépuisable, sans ombre. On la regarde, on l'aime. Elle n'a pas de fin. Les terres sont toujours des îles; le vrai pays c'est la mer.
Loin des bruits, des cris, des gestes, loin des regards qui scrutent, épient, loin des langages et des éclats de lumière. Mais la mer n'est pas lointaine, on est tout près d'elle. On habite dans l'immense couleur, sans frontières, sans durée. C'est par le regard qui vient en elle, puis par le corps tout entier. Il entre dans le bleu sans tache, il s'étend dans la mer, il va jusqu'au bout de tout.
Le soleil brûle toujours au-dessus du paysage de pierre et de mer. Il brûle et éclaire. Les vagues avancent sans bruit, l'une après l'autre, en brillant à la lumière. C'est d'abord ce mouvement lent qui vous prend, qui vous soulève, là où vous êtes, couché sur le rocher plat au pied de la falaise. Il y a tant de puissance dans le rythme des vagues! Le vent qui vient du large, chargé de sel et d'odeurs marines, le ciel froid, le bruit de la mer, tout cela entre en vous. Couché sur la pierre qui émerge, on regarde sans se lasser l'horizon: une seule ligne haute, comme si on était enfoncé dans la mer jusqu'au cou.
On entend le bruit du ressac. Alors c'est comme si on ne regardait plus vraiment la mer. On ne pense plus à elle, on est avec elle. On l'écoute seulement, on l'entend.
Combien de temps est passé? Le soleil a changé de place dans le ciel, les nuages ont changé de forme. Mais sur la mer, les mêmes vagues arrivent, toujours, les unes derrière les autres, lentement, comme les ondes d'un choc énorme.
On ne sait pas très bien qui on est. Quelque chose s'échappe, continuellement, s'en va dans l'infini bleu. Quelque chose glisse avec le regard, s'en va dans la respiration, se mêle au souffle du vent. Quelque chose qui ne doit jamais revenir.
On est comme si on voyageait, c'est cela. Mais la mer n'est pas une route, elle ne conduit nulle part. Seulement elle vous prend en elle, elle vous allonge sur elle. On va la voir, jour après jour. On ne peut pas se passer d'elle. Même lorsqu'on est loin d'elle, séparé par quelques murailles, quelques montagnes, c'est comme si on continuait à la voir, à l'entendre.
Comme dans ces pays très plats où, si loin qu'on soit des rivages, on l'entend gronder, vibrer dans la profondeur de la terre, pareille à une grande route circulaire qui ferait le tour de l'horizon. Mais on veut retourner vers elle! On traverse toutes ces rues, ces places, on marche vite sur le sol en pente, vers les baies, les caps, les estuaires. On retrouve l'endroit qu'on aime le plus au monde, le rocher plat qui avance dans la mer. On s'assoit sur lui. On croyait qu'on avait des choses à lui dire, des secrets, ou de la musique, quelque chose qui était retenu au fond de vous quand vous étiez loin d'elle, enfermé dans les murs. Mais ce n'est pas cela. C'était son appel, seulement, c'était elle qui demandait qu'on revienne vers elle.
Il faut parler d'elle comme d'une personne. Dire ce qu'elle disait, écouter sa parole, répondre à ses interrogations. Il faut parler d'elle comme de la plus grande personne vivante au monde.
C'est elle qui nous unit, lieu de nos rencontres. C'est la plus grande place, la plus grande plaine. C'est la suite de la terre, sans doute, le lieu d'où l'on vient, où l'on va. Quelques minutes, chaque jour, quelques minutes très longues et pleines de paroles.
J.M.G Le Clézio, L'inconnu sur la terre, Extrait.
14/03/2014 19:10 par primumviveredeindephilosophari
Joaquin Sorolla y Bastida.
