28/02/2016 14:59 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/02/2016 14:59 par primumviveredeindephilosophari


28/02/2016 14:59 par primumviveredeindephilosophari

 

 

BOSWELL : L’oisiveté engendre l’ennui. JOHNSON : Si fait, Monsieur, parce que les autres sont occupés, de sorte que nous manquons de compagnie. Si au contraire nous étions tous oisifs, nous n’éprouverions nulle lassitude ; nous nous divertirions les uns et les autres.
 
 
 
 
 
 
AUJOURD’HUI, chacun est contraint, sous peine d’être condamné par contumace pour lèse-respectabilité, d’exercer une profession lucrative, et d’y faire preuve d’un zèle proche de l’enthousiasme. La partie adverse se contente de vivre modestement, et préfère profiter du temps ainsi gagné pour observer les autres et prendre du bon temps, mais leurs protestations ont des accents de bravade et de gasconnade. Il ne devrait pourtant pas en être ainsi. Cette prétendue oisiveté, qui ne consiste pas à ne rien faire, mais à faire beaucoup de choses qui échappent aux dogmes de la classe dominante, a tout autant voix au chapitre que le travail. De l’avis général, la présence d’individus qui refusent de participer au grand handicap pour gagner quelques pièces est à la fois une insulte et un désenchantement pour ceux qui y participent. Un jeune homme (comme on en voit tant), prend son courage à deux mains, parie sur les six sous, et, pour employer un américanisme énergique, “se lance”. On comprend l’irritation de notre homme qui, pendant qu’il grimpe à grand peine la route, aperçoit d’autres gens, frais et dispos, allongés dans les champs au bord du chemin, un mouchoir sur les yeux et un verre à portée de main. Alexandre est piqué au vif par le dédain de Diogène. Quelle gloire retirèrent ces barbares tonitruants de la prise de Rome, lorsqu’ils envahirent le Sénat, et trouvèrent les pères conscrits assis, silencieux et impavides devant leur succès ? C’est chose amère que d’avoir peiné à gravir des pentes ardues, pour découvrir en définitive que l’humanité est indifférente à votre réussite. Voilà pourquoi les physiciens condamnent tout ce qui ne relève pas de leur domaine ; les financiers tolèrent à peine ceux qui ne s’entendent pas en valeurs boursières ; les gens de lettres méprisent les illettrés ; et les experts en tous genres s’accordent à condamner ceux qui n’en cultivent aucun. Et bien que ce soit là l’une des difficultés du sujet, ce n’est toutefois pas la plus grande. Personne ne vous mettra en prison pour vous être opposé au ban de la société pour avoir parlé comme un sot. La plus grande difficulté, dans maints domaines, c’est de faire les choses dans les règles ; aussi vous voudrez bien vous souvenir que ceci est une apologie. Il est certain qu’il existe beaucoup d’arguments judicieux en faveur du zèle, mais il y en a aussi beaucoup contre, et c’est précisément ceux-là que je compte présenter ici. Exposer un argument ne signifie pas se montrer sourd à tous les autres, et le fait qu’un homme ait publié le récit de ses voyages dans le Monténégro n’exclut pas qu’il ait pu visiter Richmond. Il ne fait aucun doute que l’on devrait être le plus oisif possible pendant sa jeunesse. Car, pour un Lord Macaulay , qui moissonne tous les honneurs scolaires sans rien perdre de son intelligence, on compte une foule de garçons qui paient si cher leurs pris d’excellence qu’ils n’ont plus un sou vaillant et qui, à leur entrée dans la vie active, sont déjà faillis. Et cela vaut aussi pour la période où un garçon s’instruit – ou accepte de se laisser instruire. Ce devrait être un bien grand sot que ce vieil homme qui, à Oxford, s’adressa un jour à Johnson en ces termes : “Jeune homme, plongez-vous dans vos livres maintenant, et faites-vous une solide culture, car avec l’âge, vous verrez que l’étude vous pèsera.” Il ne semble pas être venu à l’idée de ce vieil homme que bien d’autres choses deviennent pesantes avec l’âge, et que plus d’une devient impossible lorsqu’on en arrive à porter des lunettes et à marcher avec une canne. Les livres sont certes utiles, à leur manière, mais ils sont un substitut bien insipide de la vie. Il semble dommage de rester assis, comme la Dame de Shalott, à regarder dans un miroir et de tourner le dos au mouvement fascinant de la vie. Et si l’on passe son temps à lire, comme nous le rappelle une vieille anecdote, il en reste bien peu pour penser. 
  Si vous vous repenchez sur votre propre instruction, je suis sûr que ce que vous regrettez, ce ne sont pas les heures passées à faire l’école buissonnière, car elles auront été exaltantes, instructives et bien remplies. Vous préféreriez effacer le souvenir des heures monotones perdues à somnoler en classe. Pour ma part, j’ai suivi bien des leçons en mon temps. Je n’ai pas oublié que le mouvement d’une toupie offre un exemple de stabilité cinétique. Je n’ai pas oublié que l’emphytéose n’est pas une maladie, ni le stillicide un crime. Certes, je n’abandonnerais qu’avec répugnance ces bribes de savoir, mais elles n’ont pas à mes yeux la même importance que les connaissances hétéroclites que j’ai acquises dans la rue quand je faisais l’école buissonnière. Je n’ai pas le temps de m’étendre sur ce formidable lieu d’instruction, qui fut l’école préférée de Dickens comme Balzac, et d’où sortent chaque année bien des maîtres obscurs dans la Science des Aspects de la Vie. Je me bornerai à remarquer que si un garçon n’apprend pas dans la rue, c’est qu’il n’a aucune faculté d’apprentissage. L’élève qui fait l’école buissonnière n’est d’ailleurs pas toujours dans la rue, car s’il le préfère, il peut s’échapper, à travers les faubourgs verdoyants, vers la campagne. Il peut tomber sur un bouquet de lilas au bord de la rivière, et fumer d’innombrables pipes en écoutant le murmure de l’eau sur les pierres. Il entend un oiseau chanter par les halliers. Et là, il se laisse aller à des pensées généreuses, et voit les choses sous un jour nouveau. Qu’est-ce donc si ce n’est de l’instruction ? Imaginons que M. Je-Sais-Tout aborde ce garçon. La conversation qui s’ensuivrait ressemblerait sans doute à cela :  
– Eh bien, mon jeune ami, que faites-vous là ?
 – À vrai dire, Monsieur, je prends du bon temps. – Ne devriez-vous point être en classe ? Et ne devriez-vous point être en train d’étudier assidûment, afin d’acquérir quelque connaissance ? 
– Certes, mais ici aussi je suis la voie du Savoir, avec votre permission. 
– Le savoir, sacrebleu ! Et de quelle sorte, je vous prie ? Les mathématiques ? 
– Non, pour sûr. 
– La métaphysique, alors ?
 – Non plus. 
– Est-ce une langue ? 
– Non, ce n’est pas une langue. – Un métier ? – Nenni, vous n’y êtes point. 
– Eh bien, qu’est-ce donc ?
 – Voyez-vous, Monsieur, il se peut fort que je doive un jour prochain partir en Pèlerinage. Aussi m’efforcé-je de découvrir ce que font les autres dans mon cas, où se trouvent les Bourbiers et les Fourrés les plus périlleux sur la Route ; et, pareillement, quel est le meilleur type de Bâton. Si je reste allongé près de ce cours d’eau, c’est aussi pour retenir par cœur une leçon qui, selon mon maître, a pour nom Paix ou Contentement.  
À ces mots, M. Je-Sais-Tout s’emporte violemment et, agitant sa canne d’une façon très menaçante, s’exclame : 
“Le Savoir, sacrebleu ! J’aimerais voir tous les coquins de ton espèce châtiés par le Bourreau !”
 Il passe alors son chemin, chiffonnant son jabot dans un froissement d’amidon, tel un dindon qui gonfle ses plumes. Or M. Je-Sais-Tout est ici la voix de l’opinion générale. Un fait n’est pas un fait, mais un commérage, s’il n’appartient pas à l’une de vos catégories scolastiques. Toute recherche doit se faire selon une direction donnée, et répondre à un nom bien précis, faute de quoi vous ne cherchez pas, vous ne faites que flâner, et l’hospice est encore trop bon pour vous. Toute connaissance est censée se trouver au fond du puits ou au bout du télescope. Sainte-Beuve, en vieillissant, en vint à considérer l’ensemble de notre expérience comme un seul grand livre, dans lequel nous étudions pendant quelques années avant de quitter cette vie. Peu lui importait qu’on lise le chapitre XX, qui traite du calcul différentiel, ou le chapitre XXXIX, consacré à l’orchestre que l’on entend jouer dans le parc. En fait, une personne intelligente, qui ouvre l’œil et tend l’oreille en gardant le sourire, sera bien plus instruite que bien d’autres qui auront passé leur vie en vieilles héroïques. Il existe certainement une connaissance glaciale et aride sur les sommets de la science officielle et laborieuse. Mais c’est autour de vous, et au pris d’un simple regard, que vous apprendrez la chaleur palpitante de la vie. Pendant que d’autres s’encombrent la mémoire d’un fatras de mots, dont ils auront oublié la moitié d’ici la fin de la semaine ; celui qui fait l’école buissonnière peut apprendre un art vraiment utile, comme celui de jouer du violon, de choisir un bon cigare, ou de parler avec aisance et pertinence à des hommes de tous horizons. Bien des gens qui se sont “plongés dans les livres”, et qui possèdent à fond telle ou telle branche du savoir traditionnel ont, dès qu’ils quittent leur cabinet de travail, l’allure d’une vieille chouette, et se révèlent tout rêveux et rassotés dans les domaines plus intéressants et plus agréables de la vie. Beaucoup amassent une fortune considérable tout en restant jusqu’au bout mal éduqués et bêtes à pleurer. Et pendant ce temps, voyez l’oisif, qui est entré dans la vie en même temps qu’eux. Permettez-moi de vous dire que le tableau est bien différent. Notre oisif a eu le temps de prendre soin de sa santé et de son cœur ; il a passé beaucoup de temps en plein air, et l’on ne saurait rien imaginer de plus salutaire tant pour le corps que pour l’esprit. Et s’il n’a jamais lu les passages les plus obscurs de la Bible, il l’a feuilletée et parcourue avec grand profit. L’étudiant ne ferait-il pas bien d’échanger quelques racines hébraïques, et l’homme d’affaires quelques demi-couronnes, contre une partie de la connaissance de l’oisif dans le domaine de la vie en général et de l’Art de Vivre ? Qui plus est, l’oisif possède une autre qualité, plus importante que toutes celles dont je viens de parler, à savoir la sagesse. Celui qui a contemplé à loisir la satisfaction puérile avec laquelle les autres vaquent à leurs menues activités aura pour les siennes propres une indulgence nettement ironique. Il ne rejoindra pas le chœur des dogmatiques. Il fera preuve de la plus grande tolérance envers toutes sortes de gens et d’opinions. S’il ne découvre pas de vérités exceptionnelles, il ne s’associera à aucun mensonge grossier. Sa voie le mène le long d’un chemin de traverse, peu fréquenté, mais régulier et agréable, qui s’appelle Sentier du Lieu Commun et mène au Belvédère du bon Sens. Il découvrira de là un point de vue qui, pour manquer de noblesse, n’en sera pas moins appréciable. Et pendant que d’autres contemplent l’Orient et l’Occident, le Diable et le Lever du Soleil, il regardera avec satisfaction une sorte d’aube se lever sur le monde sublunaire, avec une armée d’ombres courant en tous sens jusqu’au grand soleil de l’éternité. Les ombres et les générations, les docteurs criards et les guerres assourdissantes se perdent dans le vide et le silence éternels. Mais sous cette surface on distingue, depuis les fenêtres du belvédère, une vaste étendue verte et paisible ; bien des salons où brûle une joyeuse flambée, bien des gens qui rient, boivent et courtisent les dames comme ils le faisaient avant le Déluge ou la Révolution française, et le vieux berger contant son histoire sous l’aubépine. Une activité intense, que ce soit à l’école ou à l’université, à l’église ou au marché, est le symptôme d’un manque d’énergie alors que la faculté d’être oisif est la marque d’un large appétit et d’une conscience aiguë de sa propre identité. Il existe une catégorie de morts-vivants dépourvus d’originalité qui ont à peine conscience de vivre s’ils n’exercent pas quelque activité conventionnelle. Emmenez ces gens à la campagne, ou en bateau, et vous verrez comme ils se languissent de leur cabinet de travail. Ils ne sont curieux de rien ; ils ne se laissent jamais frapper par ce que le hasard met sur leur chemin ; ils ne prennent aucun plaisir à exercer leurs facultés gratuitement ; et à moins que la Nécessité ne les pousse à coups de trique, ils ne bougeront pas d’un pouce. Rien ne sert de parler à des gens de cette espèce : ils ne savent pas rester oisifs, leur nature n’est pas assez généreuse. Ils passent dans un état comateux les heures où ils ne peinent pas à la tâche pour s’enrichir. Lorsqu’ils n’ont pas besoin d’aller au bureau, lorsqu’ils n’ont ni faim ni soif, l’ensemble du monde vivant cesse d’exister autour d’eux. S’il leur faut attendre un train pendant une heure ou deux, ils tombent, les yeux ouverts, dans une sorte d’hébétude. A les voir, on jurerait qu’il n’y a rien à regarder, ni personne avec qui converser. On les croirait paralysés ou pestiférés. Pourtant il est probable que ce sont, dans leur domaine, des travailleurs assidus, qu’ils peuvent repérer au premier coup d’œil un contrat douteux ou la moindre fluctuation du marché. Ils ont été à l’école et à l’université, mais durant tout ce temps, ils ne pensaient qu’au prix d’excellence. Ils ont parcouru le monde et rencontré des gens brillants, mais durant tout ce temps, ils ne pensaient qu’à leurs propres affaires. Comme si l’âme humaine n’était déjà pas assez limitée par nature, ils ont rendu la leur plus petite et plus étriquée encore par une vie de travail dépourvue de toute distraction. Et voilà soudain qu’ils se retrouvent à quarante ans, apathiques, incapables d’imaginer la moindre façon de s’amuser, et sans deux pensées à frotter l’une contre l’autre en attendant le train. S’il avait eu trois ans, notre homme aurait escaladé les caisses. S’il en avait eu vingt, il aurait regardé les filles. Mais maintenant, la pipe est fumée, la tabatière est vide, et le voilà assis sur un banc, raide comme un piquet, avec des yeux de chien battu. Ce n’est pas vraiment ce que j’appelle réussir sa vie. Il n’y a pas que la personne elle-même pour souffrir de cette activité excessive ; sa femme, ses enfants, ses amis, sa famille, et jusqu’à ses voisins dans le train ou l’omnibus sont également touchés. L’intérêt exclusif pour ce qu’elle nomme ses affaires ne peut être maintenu qu’au prix d’une négligence perpétuelle des autres domaines. Et il n’est en rien certain que les affaires soient la chose la plus importante dont un homme ait à s’occuper. Un juge impartial estimera sans doute qu’à l’évidence, la plupart des rôles les plus sages et les plus vertueux de Théâtre de la Vie sont remplis par des amateurs, et passent aux yeux du monde pour des périodes d’oisiveté. Car au Théâtre, il n’y a pas que les figurants, les soubrettes chantantes et les violonistes appliqués de l’orchestre qui jouent un vrai rôle et contribuent largement au résultat final, mais aussi les spectateurs, qui suivent et applaudissent depuis les bancs. Vous devez certainement beaucoup aux soins de votre avocat ou de votre agent de change, aux aiguilleurs qui vous permettent de voyager rapidement d’un lieu à l’autre et aux policiers qui patrouillent les rues pour assurer votre protection. Mais n’aurez-vous pas un instant de reconnaissance pour d’autres bienfaiteurs qui vous font sourire lorsqu’ils croisent votre chemin, ou dont la conversation est le meilleur assaisonnement de votre dîner ? Le colonel Newcome a aidé son ami à se ruiner ; Fred Bayham a la détestable habitude d’emprunter des chemises ; et pourtant ils étaient de bien meilleure compagnie que M. Barnes Et même si Falstaff n’était ni sobre ni très honnête, je connais bien des Barabbas à la triste mine dont le monde aurait pu se passer. Hazlit souligne qu’il se sentait davantage l’obligé de Northcote, qui ne lui avait jamais rendu l’ombre d’un service, que de tout son cercle d’amis prétentieux, car, affirmait-il avec véhémence, un bon compagnon est le plus grand des bienfaiteurs. Je sais qu’il y a dans le monde des gens qui ne sauraient éprouver de la reconnaissance si le service n’a coûté ni peine ni effort à celui qui l’a rendu. Mais c’est là un tempérament grossier. Un homme peut vous envoyer une lettre de six pages, pleine des commérages les plus divertissants, ou bien l’un de ses articles vous fera passer un agréable quart d’heure. Pensez-vous que le service serait plus grand s’il en avait écrit le manuscrit avec son propre sang, comme pour un pacte avec le diable ? Croyez-vous vraiment que vous seriez plus redevable à votre correspondant s’il vous avait maudit tout le temps de l’importuner ainsi ? Les plaisirs sont source de plus de bienfaits que les devoirs car, comme la faculté de compassion, ils ne sont pas contraints, et représentent donc une double bénédiction. Il faut être deux pour s’embrasser, et plus de vingt personnes peuvent prendre part à une plaisanterie ; mais dès qu’il entre un élément de sacrifice, la faveur est accordée à contrecœur et, entre personnes généreuses, reçue avec embarras. Aucun devoir n’est plus sous-estimé que le bonheur. En étant heureux, nous répandons des bienfaits anonymes sur le monde, qui nous restent souvent inconnus ou, lorsqu’ils sont révélés, ne surprennent personne autant que leurs auteurs. L’autre jour, un gamin, pieds nus et en haillons, dévalait la rue en courant derrière une bille, avec un air si guilleret qu’il mettait tous les passants de bonne humeur. L’une de ces personnes, qu’il avait délivrée de pensées particulièrement noires, arrêta le petit, et lui donna quelques sous en ajoutant ceci : “Vois ce qu’on gagne parfois à l’avoir l’air heureux.” S’il avait semblé heureux auparavant, il avait maintenant l’air à la fois heureux et perplexe. Pour ma part, je soutiens ceux qui encouragent les enfants à être souriants plutôt que pleurnichards. Je n’ai pas l’intention de payer pour voir des larmes, si ce n’est au théâtre, mais je suis prêt à récompenser largement la bonne humeur. Je préfère trouver un homme ou une femme heureux qu’un billet de cinq livres. Leur côté rayonnant attire la bonne volonté, et leur entrée dans une pièce donne l’impression qu’on vient d’allumer une nouvelle bougie. Peu importe qu’ils puissent démontrer ou pas la quarante-septième proposition, ils font mieux, ils démontrent par la pratique le grand Théorème de la Viabilité de la Vie. Par conséquent, si l’on ne peut être heureux qu’en étant oisif, restons oisifs. C’est là un précepte révolutionnaire, mais dont on ne doit abuser, menacés que nous sommes par la faim et l’hospice. Et, compte tenu de certaines limites pratiques, il s’agit d’une des vérités les plus incontestables de tout le Corpus Moral. Examinez un moment, je vous en conjure, l’un de vos affairés. Il sème la hâte et récolte l’indigestion ; il fait fructifier une grande quantité d’activités, et ne reçoit en fait d’intérêts qu’une forte dose d’aliénation mentale. Ou bien il fuit farouchement la société de ses semblables et vit en reclus dans un galetas, en pantoufles et avec un encrier de plomb pour toute compagnie. Ou bien il fréquente les gens en coup de vent et avec amertume, dans un spasme de tout son système nerveux, pour décharger sa bile avant de retourner travailler. Peu me chaut qu’il travaille bien ou beaucoup, cet homme est une plaie pour les autres. S’il était mort, ils ne s’en porterait que mieux. Il leur serait plus facile de se passer de ses services au Bureau des Circonlocutions que de tolérer son esprit grincheux. Il empoisonne la vie à la source. Mieux vaut être saigné à blanc par un neveu insolent que tourmenté quotidiennement par un oncle grognon. Et, au nom du Ciel, pourquoi tant d’agitation ? Pour quelle raison se croient-ils obligés de gâcher leur vie et celle des autres ? Qu’un homme publie trois ou trente-trois articles par an, qu’il finisse ou non son grand tableau allégorique, le monde n’en a cure. Les rangs de la vie sont bien serrés. Et même s’il tombe mille personnes, d’autres sont toujours prêtes à s’engouffrer dans la brèche. Lorsqu’on disait à Jeanne d’Arc qu’elle ferait mieux de rester à la maison pour se consacrer à des tâches féminines, elle répondait qu’il ne manquait pas de jeunes filles pour broder et aller au lavoir. Il en va de même de vos dons, que vous croyez si rares ! Alors que la Nature “se soucie si peu de la vie individuelle ”, pourquoi nous berçons-nous de l’illusion que la nôtre est si importante ? Supposez que Shakespeare ait été assommé par quelque nuit sans lune dans la chasse réservée de Sir Thomas Lucy, le monde n’en aurait pas moins suivi son train, tant bien que mal, la cruche serait allée au puits, la faux au blé et l’étudiant à ses livres, et personne n’aurait souffert de cette perte. Il n’y a pas tant d’oeuvres au monde, à y bien regarder, qui valent une livre de tabac aux yeux d’un pauvre. Une telle réflexion a de quoi nous dégriser de nos vanités terrestres les plus orgueilleuses. Même un marchand de tabac ne doit pas, à la réflexion, trouver grand motifs à gloriole dans cette phrase, car même si le tabac est un admirable sédatif, les qualités nécessaires pour le vendre ne sont ni rares ni précieuses en elles-mêmes. Hélas, trois fois hélas ! Prenez la chose comme vous voudrez, mais il n’existe pas d’individu dont les services soient indispensables. Atlas n’était qu’un homme en proie à un interminable cauchemar! Et pourtant vous voyez des marchands qui, à force de labeur, amassent une grande fortune, pour faire aussitôt banqueroute, des écrivailleurs qui écrivent leurs petits articles jusqu’à ce que leur humeur devienne insupportable à tout leur entourage, comme si Pharaon avait employé Israël à construire une aiguille au lieu d’une pyramide. Et bien des jeunes gens s’épuisent à la tâche et sont emportés dans un corbillard orné de plumes blanches. Ne croiriez-vous pas que ces gens se sont entendu murmurer à l’oreille, par le maître de cérémonies, la promesse d’une destinée fabuleuse ? Et que cette petite boule tempérée sur laquelle ils jouent leurs farces est le centre et le pivot de l’univers ? Pourtant, il n’en est rien. Les desseins pour lesquels ils ont sacrifié leur précieuse jeunesse ne sont peut-être, pour autant qu’ils sachent, que chimères ou méfaits. La gloire et les richesses qu’ils briguent ne viendront peut-être jamais, ou leur importeront peu en définitive. Et ils sont, tout comme le monde qu’ils habitent, si insignifiants que l’esprit se glace à cette seule pensée.  
 
 
 
 
Robert Louis Stevenson, Une apologie des oisifs, 1877, Editions Allia.
 
 
 
~
 
 
BOSWELL: "We grow weary when idle."  
JOHNSON: "That is, sir, because others being busy, we want company; but if we were idle, there would be no growing weary; we should all entertain one another."
 
 
 
 
Just now, when every one is bound, under pain of a decree in absence convicting them of lèse-respectability,  to enter on some lucrative profession, and labour therein with something not far short of enthusiasm, a cry from the opposite party who are content when they have enough, and like to look on and enjoy in the meanwhile, savours a little of bravado and gasconade. And yet this should not be. Idleness so called, which does not consist in doing nothing, but in doing a great deal not recognised in the dogmatic formularies of the ruling class, has as good a right to state its position as industry itself. It is admitted that the presence of people who refuse to enter in the great handicap race for sixpenny pieces, is at once an insult and a disenchantment for those who do. A fine fellow (as we see so many) takes his determination, votes for the sixpences, and in the emphatic Americanism, "goes for" them.[4] And while such an one is ploughing distressfully up the road, it is not hard to understand his resentment, when he perceives cool persons in the meadows by the wayside, lying with a handkerchief over their ears and a glass at their elbow. Alexander is touched in a very delicate place by the disregard of Diogenes.  Where was the glory of having taken Rome for these tumultuous barbarians, who poured into the Senate house, and found the Fathers sitting silent and unmoved by their success? It is a sore thing to have laboured along and scaled the arduous hilltops, and when all is done, find humanity indifferent to your achievement. Hence physicists condemn the unphysical; financiers have only a superficial toleration for those who know little of stocks; literary persons despise the unlettered; and people of all pursuits combine to disparage those who have none.  
But though this is one difficulty of the subject, it is not the greatest. You could not be put in prison for speaking against industry, but you can be sent to Coventry for speaking like a fool. The greatest difficulty with most subjects is to do them well; therefore, please to remember this is an apology. It is certain that much may be judiciously argued in favour of diligence; only there is something to be said against it, and that is what, on the present occasion, I have to say. To state one argument is not necessarily to be deaf to all others, and that a man has written a book of travels in Montenegro, is no reason why he should never have been to Richmond. It is surely beyond a doubt that people should be a good deal idle in youth. For though here and there a Lord Macaulay may escape from school honours  with all his wits about him, most boys pay so dear for their medals that they never afterwards have a shot in their locker, "and begin the world bankrupt." And the same holds true during all the time a lad is educating himself, or suffering others to educate him. It must have been a very foolish old gentleman who addressed Johnson at Oxford in these words: "Young man, ply your book diligently now, and acquire a stock of knowledge; for when years come upon you, you will find that poring upon books will be but an irksome task." The old gentleman seems to have been unaware that many other things besides reading grow irksome, and not a few become impossible, by the time a man has to use spectacles and cannot walk without a stick. Books are good enough in their own way, but they are a mighty bloodless substitute for life. It seems a pity to sit, like the Lady of Shalott,  peering into a mirror, with your back turned on all the bustle and glamour of reality. And if a man reads very hard, as the old anecdote reminds us, he will have little time for thoughts.  
If you look back on your own education, I am sure it will not be the full, vivid, instructive hours of truantry that you regret; you would rather cancel some lack-lustre periods between sleep and waking in the class. For my own part, I have attended a good many lectures in my time. I still remember that the spinning of a top is a case of Kinetic Stability. I still remember that Emphyteusis is not a disease, nor Stillicide  a crime. But though I would not willingly part with such scraps of science, I do not set the same store by them as by certain other odds and ends that I came by in the open street while I was playing truant. This is not the moment to dilate on that mighty place of education, which was the favourite school of Dickens and of Balzac,  and turns out yearly many inglorious masters in the Science of the Aspects of Life. Suffice it to say this: if a lad does not learn in the streets, it is because he has no faculty of learning. Nor is the truant always in the streets, for if he prefers, he may go out by the gardened suburbs into the country. He may pitch on some tuft of lilacs over a burn, and smoke innumerable pipes to the tune of the water on the stones. A bird will sing in the thicket. And there he may fall into a vein of kindly thought, and see things in a new perspective. Why, if this be not education, what is? We may conceive Mr. Worldly Wiseman accosting such an one, and the conversation that should thereupon ensue:
 
"How, now, young fellow, what dost thou here?"  
"Truly, sir, I take mine ease."  
"Is not this the hour of the class? and should'st thou not be plying thy Book with diligence, to the end thou mayest obtain knowledge?"  
"Nay, but thus also I follow after Learning, by your leave."  
"Learning, quotha! After what fashion, I pray thee? Is it mathematics?"  
"No, to be sure."  
"Is it metaphysics?"  
"Nor that."  
"Is it some language?"  
"Nay, it is no language."  
"Is it a trade?"  
"Nor a trade neither."  
"Why, then, what is't?"  
"Indeed, sir, as a time may soon come for me to go upon Pilgrimage, I am desirous to note what is commonly done by persons in my case, and where are the ugliest Sloughs and Thickets on the Road; as also, what manner of Staff is of the best service. Moreover, I lie here, by this water, to learn by root-of-heart a lesson which my master teaches me to call Peace, or Contentment." 
 
Hereupon, Mr. Worldly Wiseman was much commoved with passion, and shaking his cane with a very threatful countenance, broke forth upon this wise: "Learning, quotha!" said he; "I would have all such rogues scourged by the Hangman!"  
And so he would go his way, ruffling out his cravat with a crackle of starch, like a turkey when it spread its feathers.  
Now this, of Mr. Wiseman, is the common opinion. A fact is not called a fact, but a piece of gossip, if it does not fall into one of your scholastic categories. An inquiry must be in some acknowledged direction, with a name to go by; or else you are not inquiring at all, only lounging; and the workhouse is too good for you. It is supposed that all knowledge is at the bottom of a well, or the far end of a telescope. Sainte-Beuve,  as he grew older, came to regard all experience as a single great book, in which to study for a few years ere we go hence; and it seemed all one to him whether you should read in Chapter xx., which is the differential calculus, or in Chapter xxxix., which is hearing the band play in the gardens. As a matter of fact, an intelligent person, looking out of his eyes and hearkening in his ears, with a smile on his face all the time, will get more true education than many another in a life of heroic vigils. There is certainly some chill and arid knowledge to be found upon the summits of formal and laborious science; but it is all round about you, and for the trouble of looking, that you will acquire the warm and palpitating facts of life. While others are filling their memory with a lumber of words, one-half of which they will forget before the week be out, your truant may learn some really useful art: to play the fiddle, to know a good cigar, or to speak with ease and opportunity to all varieties of men. Many who have "plied their book diligently," and know all about some one branch or another of accepted lore, come out of the study with an ancient and owl-like demeanour, and prove dry, stockish, and dyspeptic in all the better and brighter parts of life. Many make a large fortune, who remain underbred and pathetically stupid to the last. And meantime there goes the idler, who began life along with them--by your leave, a different picture. He has had time to take care of his health and his spirits; he has been a great deal in the open air, which is the most salutary of all things for both body and mind; and if he has never read the great Book in very recondite places, he has dipped into it and skimmed it over to excellent purpose. Might not the student afford some Hebrew roots, and the business man some of his half-crowns, for a share of the idler's knowledge of life at large, and Art of Living? Nay, and the idler has another and more important quality than these. I mean his wisdom. He who has much looked on at the childish satisfaction of other people in their hobbies, will regard his own with only a very ironical indulgence. He will not be heard among the dogmatists. He will have a great and cool allowance for all sorts of people and opinions. If he finds no out-of-the-way truths, he will identify himself with no very burning falsehood. His way took him along a by-road, not much frequented, but very even and pleasant, which is called Commonplace Lane, and leads to the Belvedere of Commonsense. Thence he shall command an agreeable, if no very noble prospect; and while others behold the East and West, the Devil and the Sunrise, he will be contentedly aware of a sort of morning hour upon all sublunary things, with an army of shadows running speedily and in many different directions into the great daylight of Eternity. The shadows and the generations, the shrill doctors and the plangent wars, go by into ultimate silence and emptiness; but underneath all this, a man may see, out of the Belvedere windows, much green and peaceful landscape; many firelit parlours; good people laughing, drinking, and making love as they did before the Flood or the French Revolution; and the old shepherd telling his tale under the hawthorn.  
Extreme busyness, whether at school or college, kirk or market, is a symptom of deficient vitality; and a faculty for idleness implies a catholic appetite and a strong sense of personal identity. There is a sort of dead-alive, hackneyed people about, who are scarcely conscious of living except in the exercise of some conventional occupation. Bring these fellows into the country, or set them aboard ship, and you will see how they pine for their desk or their study. They have no curiosity; they cannot give themselves over to random provocations; they do not take pleasure in the exercise of their faculties for its own sake; and unless Necessity lays about them with a stick, they will even stand still. It is no good speaking to such folk: they cannot be idle, their nature is not generous enough; and they pass those hours in a sort of coma, which are not dedicated to furious moiling in the gold-mill. When they do not require to go to the office, when they are not hungry and have no mind to drink, the whole breathing world is a blank to them. If they have to wait an hour or so for a train, they fall into a stupid trance with their eyes open. To see them, you would suppose there was nothing to look at and no one to speak with; you would imagine they were paralysed or alienated; and yet very possibly they are hard workers in their own way, and have good eyesight for a flaw in a deed or a turn of the market. They have been to school and college, but all the time they had their eye on the medal; they have gone about in the world and mixed with clever people, but all the time they were thinking of their own affairs. As if a man's soul were not too small to begin with, they have dwarfed and narrowed theirs by a life of all work and no play; until here they are at forty, with a listless attention, a mind vacant of all material of amusement, and not one thought to rub against another, while they wait for the train. Before he was breeched, he might have clambered on the boxes; when he was twenty, he would have stared at the girls; but now the pipe is smoked out, the snuffbox empty, and my gentleman sits bolt upright upon a bench, with lamentable eyes. This does not appeal to me as being Success in Life.  But it is not only the person himself who suffers from his busy habits, but his wife and children, his friends and relations, and down to the very people he sits with in a railway carriage or an omnibus. Perpetual devotion to what a man calls his business, is only to be sustained by perpetual neglect of many other things. And it is not by any means certain that a man's business is the most important thing he has to do. To an impartial estimate it will seem clear that many of the wisest, most virtuous, and most beneficent parts that are to be played upon the Theatre of Life are filled by gratuitous performers, and pass, among the world at large, as phases of idleness. For in that Theatre not only the walking gentlemen, singing chambermaids, and diligent fiddlers in the orchestra, but those who look on and clap their hands from the benches, do really play a part and fulfil important offices towards the general result. You are no doubt very dependent on the care of your lawyer and stockbroker, of the guards and signalmen who convey you rapidly from place to place, and the policemen who walk the streets for your protection; but is there not a thought of gratitude in your heart for certain other benefactors who set you smiling when they fall in your way, or season your dinner with good company? Colonel Newcome helped to lose his friend's money; Fred Bayham had an ugly trick of borrowing shirts; and yet they were better people to fall among than Mr. Barnes. And though Falstaff was neither sober nor very honest, I think I could name one or two long-faced Barabbases whom the world could better have done without. Hazlitt mentions that he was more sensible of obligation to Northcote,[19] who had never done him anything he could call a service, than to his whole circle of ostentatious friends; for he thought a good companion emphatically the greatest benefactor. I know there are people in the world who cannot feel grateful unless the favour has been done them at the cost of pain and difficulty.  But this is a churlish disposition. A man may send you six sheets of letter-paper covered with the most entertaining gossip, or you may pass half an hour pleasantly, perhaps profitably, over an article of his; do you think the service would be greater, if he had made the manuscript in his heart's blood, like a compact with the devil? Do you really fancy you should be more beholden to your correspondent, if he had been damning you all the while for your importunity? Pleasures are more beneficial than duties because, like the quality of mercy, they are not strained, and they are twice blest. There must always be two to a kiss, and there may be a score in a jest; but wherever there is an element of sacrifice, the favour is conferred with pain, and, among generous people, received with confusion. There is no duty we so much underrate as the duty of being happy. By being happy, we sow anonymous benefits upon the world, which remain unknown even to ourselves, or when they are disclosed, surprise nobody so much as the benefactor. The other day, a ragged, barefoot boy ran down the street after a marble, with so jolly an air that he set every one he passed into a good humour; one of these persons, who had been delivered from more than usually black thoughts, stopped the little fellow and gave him some money with this remark: "You see what sometimes comes of looking pleased." If he had looked pleased before, he had now to look both pleased and mystified. For my part, I justify this encouragement of smiling rather than tearful children; I do not wish to pay for tears anywhere but upon the stage; but I am prepared to deal largely in the opposite commodity. A happy man or woman is a better thing to find than a five-pound note. He or she is a radiating focus of good-will; and their entrance into a room is as though another candle had been lighted. We need not care whether they could prove the forty-seventh proposition; they do a better thing than that, they practically demonstrate the great Theorum of the liveableness of Life. Consequently, if a person cannot be happy without remaining idle, idle he should remain. It is a revolutionary precept; but thanks to hunger and the workhouse, one not easily to be abused; and within practical limits, it is one of the most incontestable truths in the whole Body of Morality. Look at one of your industrious fellows for a moment, I beseech you. He sows hurry and reaps indigestion; he puts a vast deal of activity out to interest, and receives a large measure of nervous derangement in return. Either he absents himself entirely from all fellowship, and lives a recluse in a garret, with carpet slippers and a leaden inkpot; or he comes among people swiftly and bitterly, in a contraction of his whole nervous system, to discharge some temper before he returns to work. I do not care how much or how well he works, this fellow is an evil feature in other people's lives. They would be happier if he were dead. They could easier do without his services in the Circumlocution Office, than they can tolerate his fractious spirits. He poisons life at the well-head. It is better to be beggared out of hand by a scapegrace nephew, than daily hag-ridden by a peevish uncle.  
And what, in God's name, is all this pother about? For what cause do they embitter their own and other people's lives? That a man should publish three or thirty articles a year, that he should finish or not finish his great allegorical picture, are questions of little interest to the world. The ranks of life are full; and although a thousand fall, there are always some to go into the breach. When they told Joan of Arc  she should be at home minding women's work, she answered there were plenty to spin and wash. And so, even with your own rare gifts! When nature is "so careless of the single life,"  why should we coddle ourselves into the fancy that our own is of exceptional importance? Suppose Shakespeare had been knocked on the head some dark night in Sir Thomas Lucy's  preserves, the world would have wagged on better or worse, the pitcher gone to the well, the scythe to the corn, and the student to his book; and no one been any the wiser of the loss. There are not many works extant, if you look the alternative all over, which are worth the price of a pound of tobacco to a man of limited means. This is a sobering reflection for the proudest of our earthly vanities. Even a tobacconist may, upon consideration, find no great cause for personal vainglory in the phrase; for although tobacco is an admirable sedative, the qualities necessary for retailing it are neither rare nor precious in themselves. Alas and alas! you may take it how you will, but the services of no single individual are indispensable. Atlas  was just a gentleman with a protracted nightmare! And yet you see merchants who go and labour themselves into a great fortune and thence into bankruptcy court; scribblers who keep scribbling at little articles until their temper is a cross to all who come about them, as though Pharaoh should set the Israelites to make a pin instead of a pyramid;  and fine young men who work themselves into a decline,  and are driven off in a hearse with white plumes upon it. Would you not suppose these persons had been whispered, by the Master of the Ceremonies, the promise of some momentous destiny? and that this lukewarm bullet on which they play their farces was the bull's-eye and centrepoint of all the universe? And yet it is not so. The ends for which they give away their priceless youth, for all they know, may be chimerical or hurtful; the glory and riches they expect may never come, or may find them indifferent; and they and the world they inhabit are so inconsiderable that the mind freezes at the thought.   
 
 
 
 
 
Robert Louis Stevenson, The Apology for Idlers, 1877.    


28/02/2016 14:53 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/02/2016 14:53 par primumviveredeindephilosophari


28/02/2016 14:53 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/02/2016 14:53 par primumviveredeindephilosophari


28/02/2016 14:52 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/02/2016 14:52 par primumviveredeindephilosophari


28/02/2016 14:52 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/02/2016 14:52 par primumviveredeindephilosophari


28/02/2016 14:52 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/02/2016 14:52 par primumviveredeindephilosophari


28/02/2016 14:51 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/02/2016 14:51 par primumviveredeindephilosophari


28/02/2016 14:51 par primumviveredeindephilosophari

  • 28/02/2016 14:51 par primumviveredeindephilosophari


27/02/2016 11:45 par primumviveredeindephilosophari

  • 27/02/2016 11:45 par primumviveredeindephilosophari