21/04/2014 18:07 par primumviveredeindephilosophari
21/04/2014 18:07 par primumviveredeindephilosophari
Colombie
21/04/2014 18:05 par primumviveredeindephilosophari
Pourtant, dans l'impénétrable solitude de son arrière-vieillesse, elle bénéficia d'une telle clairvoyance pour examiner jusqu'aux plus insignifiantes péripéties de l'histoire de la famille, que, pour la première fois, elle put faire toute la lumière sur des vérités que ses occupations d'autrefois l'avaient empêchée de bien voir. [...] elle avait déjà effectué une récapitulation infinitésimale de ce qui avait été la vie de la maison depuis la fondation de Macondo, et avait complètement révisé l'opinion que, depuis toujours, elle s'était faite sur ses descendants.
Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude, Extrait.
20/04/2014 19:50 par primumviveredeindephilosophari
20/04/2014 19:48 par primumviveredeindephilosophari
Bien des années plus tard, face au peloton d'exécution, le colonel Aureliano Buendia devait se rappeler ce lointain après-midi au cours duquel son père l'avait emmené découvrir la glace. Macondo était alors un village de vingt maisons en glaise et en roseaux, construites au bord d'une rivière dont les eaux diaphanes roulaient sur un lit de pierres polies, blanches, énormes comme des des oeufs préhistoriques. Le monde était si récent que beaucoup de choses n'avaient pas encore de nom et pour les mentionner, il fallait les désigner du doigt. Tous les ans, vers le mois de mars, une famille de Gitans déguenillés plantait sa tente près du village et, dans un grand tintamarre de fifres et de tambourins, faisait connaître des nouvelles inventions. D'abord ils apportèrent l'aimant. Un gros Gitan à la barbe broussailleuse et aux mains de moineau, qui répondait au nom de Melquiades, fit une truculente démonstration en public de ce que lui-même appelait la huitième merveille du monde des savants alchimistes de Macédoine. Il passa de maison en maison, traînant derrière lui deux gros lingots de métal, et tout le monde fut saisi d'effroi à voir les chaudrons, les poêles, les tenailles et les chaufferettes tomber tout seuls de la place où ils se trouvaient, le bois craquer à cause des clous et des vis qui essayaient désespérément de s'en arracher, et même les objets perdus depuis longtemps apparaissaient là où on les avait le plus cherchés, et se traînaient en débandade turbulente derrière les fers magiques de Melquiades. "Les choses ont une vie bien à elles, clamait le Gitan avec un accent guttural; il faut réveiller leur âme, toute la question est là." José Arcadio Buendia, dont l'imagination débordante allait toujours plus loin que le génie de la Nature, quand ce n'était pas plus loin que les miracles et la magie, pensa qu'il était possible de se servir de cette invention inutile pour extraire l'or des entrailles de la terre. Melquiades, qui était un homme honnête, le mit en garde "Ca ne sert pas à ça." Mais José Arcadio Buendia, en ce temps-là, ne croyait pas à l'honnêteté des Gitans, et il troqua son mulet et un troupeau de chèvres contre les deux lingots aimantés. Ursula Iguaran, sa femme, qui comptait sur ces animaux pour accroître le maigre patrimoine domestique, ne parvint guère à l'en dissuader. "Très vite, nous aurons plus d'or qu'il n'en faut pour paver toute la maison", rétorqua son mari. Pendant plusieurs mois, il s'entêta à vouloir démontrer la justesse de ses prévisions. Il passa la région au peigne fin , y compris le fond de la rivière, traînant les deux lingots de fer et récitant à haute voix les formules qu'avait employées Melquiades. La seule chose qu'il parvint à déterrer fut une armure du XV° siècle dont tous les éléments étaient soudés par une carapace de rouille et qui sonnait creux comme une énorme calebasse pleine de cailloux. Quand José Arcadio Buendia et les quatre hommes de son expédition réussirent à désarticuler l'armure, ils trouvèrent à l'intérieur un squelette calcifié portant autour du cou un médaillon en cuivre qui renfermait une mèche de cheveux de femme.
En mars, les Gitans revinrent. Cette fois ils apportaient une longue vue et une loupe de la taille d'un tambour, qu'ils présentèrent comme la dernière découverte des juifs d'Amsterdam. Ils firent s'asseoir une Gitane à un bout du village et installèrent la lunette à l'entrée de la tente. Moyennant cinq réaux les gens se plaçaient devant la lunette et pouvaient voir la Gitane comme si elle se trouvait à portée de main. "La science a effacé les distances", claironnait Melquiades. "D'ici peu, l'homme pourra voir ce qui se passe dans n'importe quel endroit de la terre, sans avoir à se déplacer de chez lui."
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Muchos años despuès, frente al peloton de fusilamiento, el coronel Aureliano Buendia habia de recordar aquella tarde remota en que su padre lo llevo a conocer el hielo. Macondo era entonces una aldea de veinte casas de barro y cañabrava construidas a la orilla de un rio de aguas diafanas que se precipitaban por un lecho de piedras pulidas, blancas y enormes como huevos prehistoricos. El mundo era tan reciente, que muchas cosas carecian de nombre, y para mencionarlas habia que señalarlas con el dedo. Todos los años, por el mes de marzo, una familia de Gitanos desarrapados plantaba su carpa cerca de la aldea, y con un grande alboroto de pitos y timbales daban a conocer los nuevos inventos. Primero llevaron el iman. Un Gitano corpulento, de barba montaraz y manos de gorrion, que se presento con el nombre de Melquiades, hizo una truculenta demostracion publica de lo que el mismo llamaba la octava maravilla de los sabios alquimistas de Macedonia. Fue de casa en casa arrastrando dos lingotes métalicos, y todo el mundo se espanto al ver que los calderos, las pailas, las tenazas y los anafes se caian de su sitio, y las maderas crujian por la desesperacion de los clavos y los tornillos tratando de desenclavarse , y aun los objetos perdidos desde hacia mucho tiempo aparecian por donde mas se les habia buscado, y se arrastraban en desbandada turbulenta detras de los fierros magicos de Melquiades. "Las cosas tienen vida propria, pregonaba el Gitano con aspero acento; todo es cuestion de despertarles el anima." José Arcadio Buendia, cuya desaforada imaginacion iba siempre mas lejos que el ingenio de la Naturaleza, y aun mas alla del milagro y de la magia, penso que era posible servirse de aquella invencion inutil para desentrañar el oro de la tierra. Melquiades, que era un hombre honrado, le previno: "Para eso no sirve." Pero José Arcadio Buendia no creia en aquel tiempo en la honradez de los Gitanos, asi que cambio su molo y una partida de chivos por los dos lingotes imantados. Ursula Iguaran, su mujer, que contaba con aquellos animales para ensanchar el desmedrado patrimonio domestico, no consiguio disuadirlo. "Muy pronto ha de sobrarnos oro para empedrar la casa", replico su marido. Durante varios meses se empeño en demostrar el acierto de sus conjeturas. Exploro palmo a palmo la region, inclusive el fondo del rio, arrastrando los dos lingotes de hierro y recitando en voz alta el conjuro de Melquiades. Lo unico que logro desenterrar fue una armadura del siglo XV con todas sus partes soldadas por un cascote de oxido, cuyo interior teniala resonancia hueca de un enorme calabazo lleno de piedras. Cuando José Arcadio Buendia y los cuatros hombres de su expedicion lograron desarticular la armadura, encontraron dentro un esqueleto calcificado que llevaba colgado en el cuello un relicario de cobre con un rizo de mujer.
En marzo, volvieron los Gitanos. Esta vez llevaban un catalejo y una lupa del tamaño de un tambor, que exhibieron como el ultimo descubrimiento de los judios de Amsterdam. Sentaron una Gitana en un extremo de la aldea y instalaron el catalejo a la entrada de la carpa. Mediante el pago de cinco reales , la gente se asomaba al catalejo y veia a la Gitana al alcance de su mano. "La ciencia ha eliminado las distancias", pregonaba Melquiades. "Dentro de poco, el hombre podra ver lo que ocurre en cualquier lugar de la tierra, sin moverse de su casa."
Gabriel Garcia Marquez, Cien años de soledad / Cent ans de solitude, Premier Chapitre, Extrait.
Muchas gracias Señor Garcia Marquez. Adios...
13/04/2014 15:57 par primumviveredeindephilosophari
13/04/2014 15:49 par primumviveredeindephilosophari
Le matin est radieux; la lumière pique.
Renonce à ta visite.
Ils peuvent attendre,
et non ta joie.
Albert Camus/ René Char, La postérité du soleil.
13/04/2014 15:46 par primumviveredeindephilosophari
13/04/2014 15:45 par primumviveredeindephilosophari
Vincent Van Gogh, The plain at Auvers.
13/04/2014 15:43 par primumviveredeindephilosophari
Pourquoi ce chemin plutôt que cet autre?
Où mène-t-il pour nous solliciter si fort?
Quels arbres et quels amis sont vivants derrière l'horizon
de ses pierres, dans le lointain miracle de la chaleur?
Nous sommes venus jusqu'ici car là où nous étions
ce n'était plus possible.
On nous tourmentait et on allait nous asservir.
Le monde de nos jours est hostile aux transparents.
Une fois de plus il a fallu partir...
Et ce chemin qui ressemblait à un long squelette,
nous a conduit à un pays qui n'avait
que son souffle pour escalader l'avenir.
Comment montrer, sans les trahir, les choses simples
dessinées entre le crépuscule et le ciel.
Par la vertu de la vie obstinée,
dans la boucle du Temps artiste,
entre la mort et la beauté.
Albert Camus/ René Char, La postérité du soleil.
