29/04/2014 18:27 par primumviveredeindephilosophari

  • 29/04/2014 18:27 par primumviveredeindephilosophari

Jean Auguste Dominique Ingres, Self portrait.


29/04/2014 18:25 par primumviveredeindephilosophari

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Paul Gauguin, Self portrait.


29/04/2014 18:24 par primumviveredeindephilosophari

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Henri de Toulouse-Lautrec, Self portrait.


29/04/2014 18:23 par primumviveredeindephilosophari

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Gustave Courbet, Self portrait.


29/04/2014 18:20 par primumviveredeindephilosophari

 

Il est vrai que le Bon Dieu m'a faite curieuse, si c'est l'être que de desirer connaître les choses cachées. Mais si on avait été bon et humain envers moi, je n'aurais pas songé à contenter ma curiosité aux dépens du prochain. J'aurais enfermé mon amusement dans la connaissance des secrets que m'enseigne ma grand-mère pour la guérison du corps humain. Les fleurs, les herbes, les pierres, les mouches, tous les secrets de la nature, il y en aurait eu bien assez pour m'occuper et pour me divertir, moi qui aime à vaguer et à fureter partout. J'aurais toujours été seule, sans connaître l'ennui; car mon plus grand plaisir est d'aller dans les endroits qu'on ne fréquente point et d'y rêvasser à cinquante choses dont je n'entends jamais parler aux personnes qui se croient bien sages et bien avisées.

 

 

 

George Sand, La petite fadette, Extrait.  


27/04/2014 18:58 par primumviveredeindephilosophari

  • 27/04/2014 18:58 par primumviveredeindephilosophari


27/04/2014 18:54 par primumviveredeindephilosophari

 

Putain de merde, dis-je, car il y a tout de même des moments où la sève du terroir déborde et fait fleurir sur mes lèvres des fleurs populaires inouïes.

 

 

Romain Gary, Chien blanc, Extrait. 


27/04/2014 18:49 par primumviveredeindephilosophari


27/04/2014 18:48 par primumviveredeindephilosophari

 

J'avais dû me séparer de Pete parce que mes amis refusaient de s'occuper de lui lorsque, pris d'une de ces bougeottes d'homme à qui la peau dans laquelle il est enfermé donne des crises de claustrophobie, je me mets brusquement à courir d'un continent à l'autre, à la recherche de quelqu'un ou de quelque chose de différent, je ne sais trop quoi. Il vaut peut-être mieux que je précise tout de suite que je n'ai jamais rien trouvé d'autre dans mes courses-poursuites, sauf des cigares assez extraordinaires à Madras, une des grandes et belles surprises de ma vie.

Il va sans dire qu'un romancier se trompe plus facilement qu'un autre sur la nature des êtres et des choses, parce qu'il les imagine. Je me suis toujours imaginé tous ceux que je rencontrais dans ma vie ou qui ont vécu près de moi. Pour un professionnel de l'imagination, c'est plus facile et cela vous évite de vous fatiguer. Vous ne perdez plus votre temps à essayer de connaître vos proches, à vous pencher sur eux, à leur prêter vraiment attention. Vous les inventez. Après, lorsque vous avez une surprise, vous leur en voulez terriblement: ils vous ont déçu. En somme, ils n'étaient pas dignes de votre talent.

Il y a quarante ans que je traîne en moi dans le monde mes illusions intactes, malgré tous mes efforts pour m'en débarrasser et pour parvenir à désespérer une fois pour toutes, ce dont je suis physiologiquement incapable.

Maï est assis sur mes genoux. Ce chat siamois, qui ne me quitte pas et s'installe sur sur mon épaule pour me raconter avec force détails des histoires incompréhensibles, de sa voix aux innombrables nuances, est une fois de plus en train de me confier des secrets du monde-chat que j'essaie en vain d'interpréter. Un folklore prodigieux, que seul Pouchkine avait su mettre en poème, peut-être même toute une philosophie-chat qui me passe à côté, une vraie catastrophe philologique. Le Sphinx vous parle enfin, vous dit tout et vous voilà arrêté au bord de la grande révélation par votre ignorance des langues étrangères.

Je m'arrête ici et là, quelques jours, pour me désorienter, me perdre de vue en me frottant de "couleur locale", d'"exotisme", de "pittoresque", de "dépaysement", quelques jours par-ci, quelques jours par-là, en surface, sans insister, sinon je commencerais à me rendre compte que tous ces déguisements cachent surtout notre donnée première indigne et inacceptable, et je vais encore me retrouver nez à nez avec moi-même.

Je ne sais pas ce que sera la nouvelle Amérique, mais je sais que l'explosion noire l'empêchera de pourrir sur pied dans l'immobilisme des structures sclérosées aux sapes invisibles.

 

Dis-donc, tu te rends compte qu'il y a trois quarts d'heure qu'on discute et on ne s'est même pas parlé?

 

 

 

Romain Gary, Chien blanc, Extrait.

 

  


27/04/2014 18:18 par primumviveredeindephilosophari

  • 27/04/2014 18:18 par primumviveredeindephilosophari